L’épée seule de Joachim Meyer, Partie 18 : Epée et dague -Principes

En plus du combat avec l’épée seule dans une main, Joachim Meyer parle du maniement de l’épée conjointement à celui de la dague. Bien que la plupart des auteurs contemporains insistent beaucoup sur cette pratique, combattre avec une arme dans la main gauche semble ici anecdotique, au vu de la place que cela occupe dans le traité.

Cette partie sur l’épée et la dague s’appuie évidemment sur tout ce qui précède, en ce qui concerne le maniement de l’épée. L’attention va plus porter sur l’utilisation de la dague, tant pour attaquer que pour se défendre, et savoir s’en servir sans gêner le travail avec l’épée. C’est pour cela que la partie théorique est très succincte.

Dans un premier temps Joachim Meyer conseille d’avancer vers son s’adversaire avec les deux armes en avant. L’épée et la dague sont alors tenues dans la porte de fer, comme on peut le voir dans la gravure suivante :

Depuis cette posture on peut se défendre de trois façons différentes :

  • La première façon est de parer toutes les attaques de l’adversaire avec la dague, quel que soit le côté d’où elles arrivent, puis de riposter avec l’épée par-dessus ou par-dessous la dague.

  • La seconde manière est de parer les attaques avec l’arme qui correspond au côté attaqué, puis de riposter avec l’autre arme.

  • Le troisième type de parade est celui où l’on va se défendre avec les deux armes en même temps. On attrape ainsi l’attaque de l’adversaire entre les lames croisées de l’épée et de la dague. Celle-ci va rester au contact pour maintenir l’épée adversaire, pendant que l’on riposte avec sa propre épée.

Sauf que dans les faits, c’est surtout le deuxième type de parade qui est montré. Les attaques qui arrivent par la gauche vont ainsi être attrapées par la dague, et celles qui viennent vers la droite vont être parées avec l’épée.

Parer sur la gauche avec la dague

Comment tu dois te tenir contre l’adversaire qui t’estoque d’en haut depuis sa droite vers ton côté gauche

Lorsque tu viens devant l’adversaire dans la parade que je t’ai apprise précédemment et que tu diriges ainsi tes deux armes devant lui, avec les bras tendus vers l’avant et un peu vers le bas, s’il frappe ou estoque d’en haut vers ta gauche, alors pare-le avec ta dague, de la même façon que le grand personnage qui est représenté à droite sur la gravure suivante. En même temps que tu le pares, estoque-le au corps, par-dessous ta dague.

Ou bien pare-lui son estoc ou son coup de haut comme avant, et pendant que tu le pares ainsi, frappe rapidement en travers de son pied, depuis ta droite vers sa gauche, horizontalement. A la fin du coup tu as ainsi ton arme sous ton bras gauche, d’en dessous lequel tu frappes aussitôt rapidement vers son côté droit, en diagonale vers le haut ou vers le bas, là où il est découvert, toujours pendant que tu maintiens ta dague en hauteur. Ces deux coups doivent être réalisés et complétés rapidement, l’un à la suite de l’autre, pendant que tu es en train de parer.

Ou bien pendant que tu le pares ainsi, estoque vers son visage, en passant sous ta dague, à l’extérieur par-dessus son bras droit, avec ta main renversée, comme tu peux le voir avec le personnage en haut et à droite. Tourne ainsi ta garde sous ton bras gauche, bien vers le haut, ainsi tu te prépares à frapper, puis frappe-le depuis ta gauche vers sa jambe avancée.

Ou bien dégage l’estoc qui vient vers toi avec ta dague, sur ton côté gauche, puis estoque simultanément d’en haut vers son visage. Il voudra attraper et parer cela avec sa dague, rétracte alors ton estoc par-dessus, à côté de sa dague et estoque-le d’en dessous vers le ventre pendant qu’il poursuit [ton estoc] vers le haut avec sa dague.

Les coups venant de la gauche sont parés avec la dague. Les attaques hautes sont le plus souvent parées avec la lame de la dague à l’horizontale, au-dessus de la tête. Cela permet de maintenir l’arme adverse en l’air et de pouvoir riposter avec l’épée, par au-dessus ou par-dessous la dague.

On voit bien au travers de ces exemples que les fondamentaux de l’épée seule sont toujours présents : dans la riposte avec l’épée il ne faut pas oublier de faire des frappes complètes, viser les ouvertures des différentes hauteurs, faire des feintes, et lancer des attaques dont le geste amène armer la frappe suivante.

Ou bien dégage l’estoc qui vient vers toi avec ta dague, depuis ta gauche vers ta droite et frappe-le simultanément par-dessus ta dague, en diagonale, en travers de son épaule droite.

Il est également possible de parer vers l’intérieur avec la dague, c’est à dire de la gauche vers la droite. Cela permet de lancer des coups de dessus des deux côtés, comme le montre la pièce ci-dessus. D’après les pièces suivante, pour pourrait également avancer le pied gauche en même temps que l’on envoie la dague parer.

Mais s’il t’estoque d’en dessous vers ta gauche, alors dégage l’estoc qui vient vers toi avec la dague pendante sur ton côté gauche, comme te le montre le personnage en bas à droite de la gravure mentionnée avant. Entre-temps, estoque-le ou frappe-le à son ouverture la plus proche.

L’adversaire peut aussi frapper vers les cibles basses. Si l’attaque est envoyée vers le ventre ou les hanches, il faudra parer dans la lame pendante avec la dague. Mais si l’adversaire envoie sa frappe encore plus bas, vers la jambe, il sera judicieux de reculer le pied avant vers le pied arrière pour esquiver le coup et riposter directement avec l’épée.

Parer sur la droite avec l’épée

La seconde parade

Mais s’il te frappe ou t’estoque de l’autre côté, c’est-à-dire vers ta droite, alors pare-lui cela avec ton arme et dans le même temps saute vers lui avec ton pied gauche, et pendant que tu pares, estoque vers son bras droit avec ta dague.

Item. Pare le coup ou l’estoc qu’il dirige vers ta droite avec la lame de ton arme. Aussitôt que sa lame entre en contact avec la tienne, saute vers lui avec ton pied gauche et dans le même temps tombe également avec ta dague sur sa lame. Maintiens-la-lui assez longtemps, jusqu’à ce que tu l’aies blessé d’un estoc avec ton arme [en passant] par-dessus ton bras gauche. Cela doit se passer en un clin d’œil. Ou fais d’autres coups et estocs, à propos desquels tu trouveras quelques exemples dans ce que j’ai déjà enseigné dans le combat à l’épée seule. Aussitôt que tu l’as blessé avec ton arme, recule avec le pied gauche, de façon à ce que tu te trouves de nouveau avec le pied droit devant. Tu peux ainsi te protéger avec tes deux armes comme au début.

Le fait de parer avec l’épée permet d’agir avec la dague. La solution la plus simple est, d’avancer avec le pied gauche et d’estoquer l’adversaire avec la dague. L’autre solution, qui revient plus souvent, est de venir sur l’épée adverse avec la dague. On bloque ainsi l’épée adversaire et on peut riposter avec la sienne.

Mais s’il t’estoque ou te frappe d’en dessous, c’est-à-dire vers ta droite, alors pare-lui cela avec la lame pendante, puis estoque-le rapidement vers son visage en quittant sa lame. Pendant ce temps poursuis sa lame avec ta dague en avançant avec ton pied gauche. Après avoir fait l’estoc, ramène aussitôt ta garde vers le haut et reste devant ton visage avec ta dague. Frappe ensuite à côté de celle-ci, de bas en haut avec le court tranchant, fortement en travers de son corps, en avançant ton pied droit. Ramène aussitôt autour de ta tête, vers ta gauche et dirige vers lui un puissant coup de haut vers sa gauche. Observe [le moment] où ce coup devra rencontrer sa parade : ramène alors ton arme vers toi et contourne sa dague, puis estoque-le à son ouverture la plus proche. Pendant que tu fais cela, dirige ta dague devant ton visage avec le bras tendu.

Comme dans l’épée seule, les coups aux cibles basse peuvent être parés avec la lame pendante ou en barrant le coup adverse. Après la parade avec l’épée on vient encore une fois avec la dague maintenir l’épée de l’adversaire, en avançant avec le pied gauche.


Paradoxalement, en conclusion de la section sur l’épée et la dague, Joachim Meyer conseille de parer avec les deux armes en même temps, plutôt que de parer seulement avec la dague. Cette information est toutefois à prendre avec des pincettes, au vu de la raison nationaliste plutôt douteuse qui se cache derrière.

Apres ces explications théoriques, Joachim Meyer décrit en pratique le maniement de l’épée et de la dague, à travers huit longues pièces. L’article suivant sera consacré à leur analyse.


L’épée seule de Joachim Meyer :

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