L’épée seule de Joachim Meyer, Partie 19 : Epée et dague – Pièces

Après une partie introductive, le maniement conjoint de l’épée et de la dague est décrit de façon plus étendue dans une série de longue pièce. Même si l’ensemble est loin d’être exhaustif, cela fournit une base pour gérer une grande majorité de cas : défendre les ouvertures et riposter de multiples façons.

Première pièce

Dans l’approche, lorsque tu tiens tes deux armes de la façon qui se trouve illustrée plus haut, avec les bras tendus devant toi et légèrement vers le bas, alors, avant qu’il ne s’en aperçoive, frappe-le soudainement en faisant un saut vers l’avant avec ton pied droit. Frappe droit [devant toi] de haut en bas, à la manière d’une entaille, en glissant le long de son visage. Pendant que tu frappes ainsi vers le bas, monte devant ton visage avec ta dague : avec ce coup tu l’incites à se précipiter sans hésitation vers [tes] ouvertures, que ce soit avec des coups ou des estocs. Aussitôt qu’il frappe ou estoque, monte avec le long tranchant et la lame horizontale, à l’extérieur de ta dague. En montant ainsi tu dégageras la lame qui vient vers toi. Pendant que sa lame est encore en contact sur la tienne, avance un peu vers sa droite avec ton pied gauche et estoque-le vers le visage en passant sous ta dague, par l’extérieur de son bras droit. En l’estoquant ainsi, tourne ta garde ou ton long tranchant bien vers le haut, contre ta gauche, puis dès qu’il veut t’écarter et te parer l’estoc, frappe-le à l’extérieur, vers sa jambe droite avancée. Pendant que tu fais cela, protège-toi bien avec ta dague et le bras tendu. Lorsqu’avec ce coup tu es arrivé avec ton arme dans la garde basse à droite, alors remonte rapidement depuis celle-ci avec l’arme horizontale, à l’extérieur, devant ta dague, de façon à ce que tu croises tes deux lames devant ton visage, avec les bras tendus. Pendant que tu montes ainsi hors de la garde basse avec ta lame, recule également avec ton pied gauche.

Le premier coup est une provocation, il peut être remplacé par n’importe quel coup descendant envoyé depuis la droite. Il a pour but de faire attaquer l’adversaire à la tête.

Une chose étrange dans cette pièce c’est que la dague, bien qu’elle soit amenée devant le visage pour le protéger, n’est pas l’arme avec laquelle la riposte de l’adversaire est parée. Ce coup est paré avec l’épée “à l’extérieur de la dague”. Cependant il n’est pas impossible de venir en renfort de l’épée avec la dague, pour maintenir l’arme adverse dans la riposte, voire de parer avec les deux armes en même temps, selon les principes évoqués dans l’article précédent.

La suite de la pièce est une situation déjà vue : on estoque depuis le bœuf à gauche avec la main retournée, ce qui arme le coup suivant, qui est une attaque aux jambes.

Deuxième pièce

Lorsque tu viens avec tes deux armes devant l’adversaire de la manière mentionnée avant, alors laisse soudainement plonger ta dague en avant et ramène ton arme autour de ta tête. Frappe-le ainsi par-dessus ton bras, diagonalement en travers de son épaule droite. Avec ce coup, marche vers lui avec ton pied gauche et remonte aussitôt devant ton visage avec ta dague à l’horizontale et le bras tendu. Pendant que tu montes avec ta dague, estoque-le sérieusement et fortement sous son épée, vers le ventre, avec la tienne. Mais si tu t’aperçois pendant ce temps qu’il veut écarter et parer l’estoc, alors ramène soudainement ton arme vers le bas et ton côté gauche. Depuis ton côté gauche, frappe-le de nouveau, fortement avec le plat de ta lame, et [en passant] sous ta dague. Avec cela tu l’étourdis quelque peu et tu le dégages. Estoque rapidement droit devant toi, vers l’ouverture la plus proche, pendant qu’il lutte pour reprendre le contrôle de son arme ou qu’il se remette du dégagement.

Comme d’habitude les coups sont armés au-dessus de la tête et les frappes vont bien d’une extrémité à l’autre. Pour ne pas se retrouver gêné par la dague, on abaisse le bras gauche lorsque l’on frappe depuis ce côté, avant de vite le remonter pour se protéger. Pour éviter que l’adversaire ne nous poursuive après la frappe, on vient se protéger en haut avec la dague, ce qui explique que l’on avance le pied gauche.

Troisième pièce

Dans l’approche, s’il t’estoque en bas depuis sa droite vers ta gauche, alors pare son estoc loin de toi, vers le bas, avec ta dague. Pendant que tu pares ainsi, estoque-le d’en haut vers son visage. Dans le même temps, observe attentivement : dès qu’il monte à l’encontre de ton estoc avec sa dague pour parer, change alors à travers avec ta pointe avant, en passant sous son bras gauche, puis estoque-le à l’intérieur, entre ses deux armes, vers son corps. S’il te pare cela encore une fois, alors ramène ton épée en arrière et estoque-le d’au-dessus, à l’intérieur, entre ses deux bras. Avec cet estoc force vers ta gauche et vers le bas, entre ses deux armes. Pendant que tu arraches ainsi vers l’extérieur, ramène ta dague en arrière, près de ton côté gauche, de sorte qu’à la fin de l’arraché tu puisses sans encombre arriver avec ton épée vers ton côté gauche. Depuis le côté gauche dégage fortement ses deux armes avec le demi tranchant, vers ton côté droit et le sien, avec en plus un pas en avant de ton pied gauche et va rapidement auprès de ton épée avec ta dague, également sur la lame de son épée. Retiens-la-lui assez longtemps pour que tu puisses l’atteindre et te ruer sur lui avec un estoc par-dessus ou par-dessous ta dague. Ainsi, si tu réalises correctement la pièce, tu trouveras certainement une ouverture.

Cette pièce met en avant l’utilisation de la force brute pour vaincre l’adversaire : comme le montre l’utilisation du passage en force et du dégagement. L’idée derrière cela est que l’adversaire s’emmêle avec ses lames, que ce soit par la percussion ou en venant les coller avec la dague et l’épée.

Quatrième pièce

Lorsque l’adversaire dirige ses deux armes dans une parade forte, devant lui, dans l’approche, alors frappe soudainement un sérieux coup de haut vers son épaule gauche. Il devra monter à l’encontre de ce coup et parer avec sa dague. Pour cette raison, ne laisse pas ton coup toucher, mais ramène plutôt ton arme à toi en allant vers le bas. Pendant qu’il est encore en train de monter pour parer avec sa dague, estoque-le au corps en passant sous celle-ci.

Cette pièce illustre simplement le changement à travers. Cependant, la petite taille de la dague rend cette technique plus facile à exécuter avec une épée, comme on le voit dans cette pièce et dans la précédente.

Cinquième pièce

Dans l’approche, dirige ton épée dans la garde basse à droite et ta dague dans la garde haute à gauche. Aussitôt qu’il estoque vers toi, monte avec ton épée jusque dans la longue pointe horizontale et tourne simultanément la garde de ta dague vers le bas, au-dessus ton bras droit, de sorte que la pointe avant de ta dague soit orientée horizontalement vers son épaule droite. Tu as ainsi tes deux armes croisées l’une par-dessus l’autre. Attrape la lame de son épée qui vient vers toi entre tes deux lames. Dans le même temps marche sur le côté avec ton pied gauche, vers son pied droit et presse sa lame vers ton côté droit. Estoque-le avec ton épée à l’intérieur vers le corps, [en restant] à la lame de son épée, pendant que tu es en train de marcher sur le côté et de pousser [sa lame]. Aussitôt change à travers vers ta gauche en passant sous son arme avec la tienne, puis donne un coup défensif sous ton bras, au travers de son côté droit. Dans le même temps protège ton visage avec ta dague.

On voit ici comment parer en s’aidant des deux armes. Cela permet d’avoir une parade plus sûre, mais également de pouvoir agir avec les deux mains sur l’arme de l’adversaire. Il est ainsi possible de prendre la ligne en poussant mais en gardant le contrôle de l’épée de l’adversaire.

Sixième pièce

Dans l’approche place-toi avec ton épée dans la garde basse à gauche et dirige ta dague également sur ta gauche, derrière toi. S’il estoque vers ton visage, alors monte avec le long tranchant et le bras tendu vers sa lame. Aussitôt que tu as attrapé sa lame, alors passe sous ton arme et sous la sienne avec ta dague et avec celle-ci arrache fortement sa lame vers l’extérieur, depuis ta droite vers ta gauche. Estoque-le en haut vers le visage en même temps que tu arraches. Cependant ne fais pas cela entièrement, ramène plutôt soudainement ton arme vers toi et estoque-le rapidement et fortement à l’intérieur, entre ses deux armes, vers le corps, pour cette fois terminer [l’estoc]. Avec cette rétractation que tu as apprise, tu le tromperas dans ses parades.

Lorsque l’on pare avec l’épée et que l’on vient ensuite en soutient avec la dague, il ne faut pas oublier que l’on peut agir activement avec celle-ci. Maintenir l’épée adverse peut ne pas suffire, et des fois, la repousser d’un grand coup peut s’avérer plus efficace pour se donner le temps de la riposte.

Septième pièce

Lorsque tu viens avec le pied droit devant, alors place toi encore une fois avec ton épée dans la garde basse à gauche et tiens ta dague devant ton visage avec le bras tendu, dans la longue pointe haute. S’il estoque ou frappe vers toi, alors dégage puissamment l’estoc qui vient vers toi, depuis ta gauche vers ta droite en montant, et avant qu’il n’ait repris le contrôle de son arme après ce dégagement, frappe rapidement une seconde fois, sous sa dague, horizontalement au travers de son pied, avec un large pas de ton pied droit et te penchant avec le corps et en cherchant loin. Parallèlement reste constamment avec ta dague devant ton visage, afin de te protéger. Après que le coup ait été fait, tu te tiens de nouveau comme au début.

S’il t’oppresse encore plus avec des estocs ou des coups, alors encore une fois dégage fortement sa lame avec ton épée, vers sa droite et la tienne, diagonalement de haut en bas, en faisant en sorte que tu restes avec ta dague dans la parade. Ta lame court ainsi en passant derrière, sur ton côté droit et vole de nouveau jusque dans la garde du bœuf à droite. A partir de celle-ci, estoque aussitôt puissamment d’en haut vers son visage. Cependant, en estoquant, tourne ton long tranchant vers le bas, de façon à ce que tu reviennes dans la garde basse à gauche avec ton arme après cet estoc. Pour finir, donne un coup défensif au travers de son épaule droite en reculant ton pied droit.

Bien que cette pièce ne présente pas un intérêt majeur pour le maniement de l’épée et de la dague, elle révélatrice d’une chose : les attaques se font avec l’épée uniquement, donc combattre avec deux armes ne changent que lorsque la dague doit servir. En attendant celle-ci “veille” devant le visage pour le protéger.

Huitième pièce

Lorsque tu as reculé et que tu as donné un coup défensif au travers de son épaule droite, alors tu te tiens avec ton pied gauche devant et tu as ton arme sur le côté dans la garde basse à droite et la dague devant ton visage avec le bras tendu. S’il estoque encore une fois vers ton visage, que ce soit contre ton côté droit ou ton côté gauche, alors tourne le long tranchant de ta dague contre son arme, afin de la lui attraper ou de l’éloigner loin de toi sans dommage. Pendant que tu pares ainsi avec ta dague, monte avec ton arme sous sa lame pour aider ta dague, de façon à ce que tu pares avec les deux armes en même temps. Aussitôt sa lame et la tienne s’entrechoquent ou rentrent en contact, estoque par-dessous ta dague vers son ventre ou vers l’ouverture la plus proche. 

Mais s’il t’estoque en bas et qu’il veut parer en haut avec sa dague, alors tombe d’au-dessus sur la lame de son épée avec ta dague et parallèlement, frappe avec une expression et des gestes déterminés vers son oreille gauche. Au moment où le coup doit toucher, tourne le demi tranchant à l’extérieur, vers lui, afin de te préparer pour un second coup. Ramène aussitôt [ton arme] devant ton visage, autour [de ta tête] et frappe soudainement depuis ta gauche vers son épaule droite, en diagonale par-dessous sa dague, pendant qu’il est en train de monter.

Cette pièce est la suite de la précédente. La première variation décrit une parade avec les deux armes, puis une riposte pendant que la lame de l’adversaire est maintenue avec la dague.

La seconde variation est plus intéressante : comme on l’a déjà dit, parer avec la dague est plus dangereux, et il est facile de la contourner, surtout si l’on devine l’intention de l’adversaire. Voyant que celui-ci va parer en haut avec sa dague, on prépare une feinte avec un coup de haut de chaque côté pour passer outre sa défense.


L’épée seule de Joachim Meyer :

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