La fin du combat à cheval

On ne connait pas précisément le contexte pour lequel ont été écrits les textes du rossfechten. Il est donc impossible de dire avec certitude quel est le but recherché et où s’arrête le combat. Même si le livre de tournois de Hans Burgmair rappelle que cette pratique peut se faire de plaisance ou à outrance, les estocs avec l’épée peuvent entraîner des blessures graves, tout comme les prises de lutte et les chocs avec la lance. Les effets d’une attaque réussie ne sont pas abordés et leurs conséquences sur le combat ne peuvent être qu’extrapolées.

Dans Theuerdank, un des ouvrages pseudo biographique de Maximilien 1er, le héros se retrouve confronté à un autre chevalier au cour d’un combat en champ clot. Theuerdank soumet son adversaire en le blessant d’un estoc sous l’aisselle. Mais durant cet affrontement, lui-même subit les assauts de son ennemi, et certaines attaques, bien que réussies, ne parvienne pas à mettre Theuerdank hors combat. Cela illustre bien le résultat incertain que peuvent avoir des attaques en théorie bien éxécutées.

Un combat en champ clos remporté par Theuerdank

Dans tous les cas, un des buts majeurs du combat à cheval sera de désarçonner le cavalier adverse. Cela va entraîner une nouvelle phase de combat où le cavalier restant affrontera un piéton. A partir de ce point, on entame la transition entre le combat à cheval et le combat à pied. Ces deux disciplines sont très liées : les gloses du combat en armure indiquent que le combat à pied est la suite directe du combat monté (chez Liechtenaueur, le combat en armure démarre avec les deux combattants à cheval) et son but est la soumission totale ou la mort de l’adversaire. Certains traités placent le combat piéton contre cavalier dans la partie rossfechten, d’autres dans la partie harnishfechten, ce qui montre encore la continuité entre les deux disciplines. Si les deux adversaires sont en mesure de continuer le combat après que l’un ait quitté sa monture, alors il y a de forte chance que la suite du combat se déroule à pied.

Piéton contre cavalier

A un certain moment du combat, il peut arriver qu’un des cavaliers se retrouve à terre. Il est même proposé que cela se fasse volontairement, comme le précise Peter von Danzig : « S’il te semble trop prudent ou trop puissant, alors descends de cheval et combats-le d’après l’art [de combattre en armure] ». Celui qui se trouve maintenant à terre possède encore toutes ses armes, soit la lance, l’épée et la dague, ce qui suggère que cette décision peut se prendre tôt dans le combat.

Dans le cas où l’on veut démonter à un stade plus avancé du combat, et que l’on a déjà perdu la lance, il faut mettre pied à terre à côté de celle-ci. La lance est la seule arme efficace du piéton contre le cavalier, et avec laquelle on fait jeu égal en termes de portée. Il faut donc absolument la récupérer, malgré un opposant plus mobile, plus puissant et plus dangereux. Un moyen de se défendre pendant que l’on cherche à ramasser sa lance est d’utiliser son cheval comme bouclier. Une fois la lance de nouveau en main, on peut affronter le cavalier depuis la garde basse et la garde haute de la lance, que l’on appellera aussi suspension haute et suspension basse. Leur utilisation va dépendre de l’arme avec laquelle l’adversaire se présente.

La première posture avec la lance face à un cavalier est la garde basse. C’est la position qui va être privilégiée pour se défendre face à un adversaire armé d’une lance. Avec elle on se protège avec la partie la plus éloignée de l’arme et on a autant de portée que l’adversaire, ce qui amène une certaine sécurité. La lance est maintenue avec le tampon dans le sol, calé contre le pied et elle est dressée vers le visage de l’adversaire. Cette position est celle utilisée avec la pique dans d’autres ouvrages. En fonction des traités, la lance est tenue avec les deux mains ou avec la main droite sur le pommeau de l’épée, encore dans le fourreau. Dans cette garde il faut écarter la pointe de l’adversaire depuis l’intérieur des lances vers la gauche. On se retrouve ainsi entre le cavalier et sa lance : une fois la pointe passée on peut opposer la sienne au visage de l’adversaire, ce qui ne manquera pas de le faire chuter. Une variante consiste à presser la lance adverse vers le sol une fois écartée. Elle se plante ainsi dans la terre et éjecte le cavalier grâce à l’arrêt de cuirasse.

La garde contre un cavalier ayant une lance

La seconde posture est la garde haute. Lorsque l’adversaire se présente avec l’épée, il est moins menaçant, mais a tout de même l’avantage car il est à cheval. La lance va alors servir à faire chuter le cavalier et sa monture. Depuis la suspension haute, lorsque l’adversaire charge avec l’épée, on projette le fer entre les pieds du cheval et on le fait ainsi tomber.

La garde contre un cavalier avec une épée

Ces techniques avec la lance proviennent du corpus du rossfechten. Cependant il existe d’autres moyens de mettre à bas un cavalier. Chez Paulus Hector Mair, la partie sur le combat à cheval est précédée par des pièces mettant en scène un cavalier en armure contre un piéton sans armure. Outre la différence d’équipement entre les opposants, la finalité des pièces est ici très claire : les images sanguinolentes, le ciblage du cheval et le choix du vocabulaire (les estocs y sont présentés de cette façon : « stosz Ims durch seinen leib ausz », c’est-à-dire « estoque son corps de part en part ») montrent que l’on cherche la mort de l’adversaire et que l’on est en dehors de toute convention.

Bien que les techniques opposants une pique et une lance soient similaires à celles vues plus haut, on trouve quelques ajouts intéressants. Le plus gros point faible de la lance y est exposé. Si le piéton en a la possibilité, il doit essayer de faire se planter la lance du cavalier dans le sol. Celle-ci étant solidaire de l’armure via l’arrêt de cuirasse, elle va projeter le cavalier hors de sa monture en se bloquant dans la terre. Elle a en plus une chance de se briser dans l’opération, forçant le cavalier à utiliser son épée s’il réussit à rester en selle. L’épée peut d’ailleurs être utilisée pour parer la lance même si cela semble risqué. Plus généralement on va pouvoir utiliser l’épée contre un cavalier ayant lui aussi une épée. La majeure partie des techniques consiste à parer l’attaque du cavalier et une fois assez proche faire de la lutte pour le désarçonner.

Diverses techniques pour désarçonner un cavalier

Malgré leurs diversités, le but des techniques contre un cavalier reste de le faire descendre de sa monture, pour poursuivre le combat au sol avec un handicap en moins.

Les maintiens au sol

Le moment où l’adversaire se retrouve au sol après une chute marque également la fin du combat à cheval. Lorsque l’on arrive dans cette configuration, Peter Falkner écrit qu’il faut également descendre de sa monture et se dépêcher d’immobiliser l’adversaire, qui est alors allongé sur le ventre ou sur le dos. Il faut pour cela utiliser des techniques de luttes propres au combat en armure : les maintiens au sol. Le but consiste à maîtriser l’adversaire au sol avec tout son corps, sauf une main, avec laquelle on va travailler avec la dague ou l’épée pour contraindre l’adversaire à se rendre, voire à lui donner la mort.

La conclusion du combat à cheval chez Peter Falkner

Conclusion

La fin du combat à cheval ne signifie pas pour autant la fin de l’affrontement. Tant que l’un des adversaires n’est pas incapacité par une blessure, chacun peut poursuivre l’affrontement du moyen qu’il lui semble le plus opportun. Tout comme il était possible d’utiliser l’arme de son choix sur le cheval, démonter pour affronter le cavalier à pied, ou le faire chuter pour continuer le combat au sol semble aller dans le sens des textes d’escrime. Ces transitions sont des passerelles vers d’autres pratiques, comme le combat en armure, voire même le champs de bataille.

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