Les déplacements dans le combat à cheval

Le combat à cheval est l’une des trois facettes de l’art du combat de tradition allemande, que l’on trouve aux 15e et 16e siècles, au côté du combat avec et sans armure. Les textes associés y décrivent différentes techniques de combat monté, en armure, avec la lance, l’épée et la lutte. La principale caractéristique de ce type de combat est bien évidemment le le cheval.

En plus de savoir manier les armes, le combattant doit avoir des compétences en équitation. Or les livres d’armes n’abordent que très peu la question du maniement du cheval, préférant se consacrer aux actions du cavalier. L’équitation possède cependant ses ouvrages dédiés. Au 15e siècle le roi Dom Duarte du Portugal écrit un traité d’équitation, mais qui reste très théorique sur les réalisations du cheval. Il faut attendre le milieu du 16e siècle, et que de célèbres écuyers Italiens impriment leurs propres ouvrages, pour avoir les premiers traités d’équitations décrivant des exercices. Les livres d’armes et les traités d’équitation ne sont donc pas tout à fait contemporains. Mais il est possible de tirer des informations des seconds pour mieux comprendre les premiers.

Le maniement du cheval dans les livres d’armes

Le combat à cheval, tel que décrit dans les sources, est une pratique de duel qui a lieu dans un espace restreint : le champs clos. Les déplacements y sont libres, à la différence des joutes, mais sont néanmoins limités par des barrières.

Les livres d’armes sont constitués de nombreuses pièces d’escrime, les unes à la suite des autres, souvent dans un ordre logique. On trouve en premier le combat avec la lance, celui avec l’épée et enfin la lutte. Il n’y a pas de discours général sur le combat, le cavalier ou sa monture même si dans les gloses de Peter von Danzig et Juden Lew, on trouve un court passage conseillant de ne pas laisser le cheval s’emballer.

Les indications sur ce que fait le cheval sont éparpillées dans les différentes pièces, de façon rares et succinctes. Une fois rassemblée elles apportent certaines précisions :

La rencontre, c’est-à-dire le passage où les deux opposants se croisent, s’effectue côté droit contre côté droit. C’est une constante avec la lance. Avec l’épée c’est le cas le plus courant, même si l’on trouve chez les glossateurs une série de pièces spécifiques au cas où l’on se croise par le côté gauche. Enfin la lutte, présente deux grands types de techniques : celles faites face à face, «côté droit contre côté droit», et celles faites avec les adversaire côtes à côtes, “côté droit contre côté gauche”. Cependant l’absence d’arme donne une grande flexibilité aux combattants et permet de réaliser les techniques symétriquement sur chaque côté.

On notera aussi que les pièces sont assez courtes : elles ne contiennent en général pas plus de deux actions, ce qui s’explique par le fait que les chevaux sont toujours en mouvement. Le temps d’action est alors très court et l’on se retrouve rapidement dos à dos avec l’adversaire. La trajectoire globale du cheval semble être la ligne droite dans la plupart des pièces. Cela exclue donc de se battre en « se tournant autour ».

Les deux illustrations du “coup à la tassette”

Que se passe-t-il alors dans cette situation ? On trouve dans les traités deux grand types de pièces : celles avec des adversaires face à face, et les autres où l’un des cavaliers poursuit l’autre, ou avance dans le même sens. Ces dernières impliquent qu’à un moment donné, certainement après s’être croisé, un des cavaliers à fait demi-tour pour arriver dans le dos son adversaire. D’ailleurs, après avoir perdu les lances, les glossateurs proposent de se retourner avec le cheval pour prendre l’adversaire à revers et lui faire des prises de luttes. Dans la plupart des situations, le cavalier poursuivi est dans une situation dangereuse. Il lui faut donc se retourner le plus vite possible tout en se protégeant de son adversaire, ce qui est la thématique des pièces dédiées à la poursuite.

Une manière de se protéger dans la poursuite avec la lance

De façon générale, la majorité des pièces se fait face à l’adversaire et se finissent dos à dos. Cela veut dire que pour enchaîner sur d’autres d’actions, les deux cavaliers doivent se retourner pour continuer à agir l’un contre l’autre.

On peut alors se poser la question de la distance à laquelle se retourner ? Il est tactiquement avantageux de trouver le dos de l’adversaire, donc se retourner plus tôt et plus vite que lui devrait être une bonne chose. Il faut cependant considérer certains paramètres : on ne manœuvre pas avec une lance de plus de trois mètres comme avec une épée. De plus il faut donner l’espace au cheval pour se remettre droit face à l’adversaire et gagner en puissance. Paulus Hector Mair conseille de galoper au loin à la fin de ses pièces, et donc de mettre une certaine distance avec son adversaire, même si la pièce « le contre du demi-tour » suggère de se retourner assez vite et assez près de son adversaire. Cela est également conseillé par les glossateurs après la perte de sa lance : dans ce cas il faut vite se retourner avec le cheval, pour gagner le dos et le côté de l’adversaire.

Après la perte des lances, il est conseillé de venir dans le dos de son adversaire avant qu’il ne se serve de son épée

Pour finir, on constatera qu’une configuration est absente des sources de combat à cheval : la poursuite où l’on s’affronte côtes à côtes avec l’épée. Il n’y a une seule occurrence où un cavalier en frappe un autre qui va dans le même sens que lui, mais le second cavalier n’a pas tiré son arme et tente de le projeter avec la lutte.

Le maniement du cheval dans les traités d’équitation

Les premiers traités d’équitation nous viennent d’Italie, et sont imprimés dans la deuxième moitié du 16 e siècle. Bien qu’ayant plus de 100 ans d’écart avec la plupart des livres d’armes, leur contenu est encore pertinent.

Ces traités parlent des différents maniements que l’on effectue à cheval. Une large partie est dédiée aux voltes, c’est-à-dire la manière dont le cheval doit faire demi-tour. Les voltes se font à la fin de la passade : on entraîne le cheval à aller en ligne droite, puis à se retourner pour revenir sur cette même ligne. La difficulté augmente en faisant la passade à des allures supérieures. Le but étant se retourner en un minimum d’espace et d’enchaîner ainsi les voltes, ce qui est une chose appréciée à l’époque. Il y a différents types de voltes, chacune ayant leur spécificité.

La plupart sont des variations de la pesade, ou Oursade, une façon qu’a le cheval de se retourner sur ses postérieurs en levant les antérieurs. On trouve ainsi les demies voltes, les volte de tout temps, de demi temps etc…

La base de l’équitation à la Renaissance est de savoir faire volter son cheval après une passade à pleine carrière

Il y a également une volte différente de toutes les autres : la volte de hanche. Elle consiste à
faire tourner les postérieurs autour des épaules, ce qui permet au cheval de se retourner sans bouger les antérieurs. Les auteurs des deux premiers traités, Fédérico Grisone et Cesare Fiaschi, fondateurs des écoles de Naples et de Ferrare, indiquent tous deux que c’est la façon à privilégier pour se retourner en combat. Les autres voltes, en équilibre sur l’arrière-main sont d’ailleurs déconseillées car le cheval se retrouve en équilibre sur ses postérieurs, et risque ainsi d’être renversé par l’adversaire et sa monture. Dans sa partie sur la volte de hanche, Fiaschi fait même un lien direct avec le combat en champs clos, contre un adversaire unique. La gravure qui accompagne le texte est d’ailleurs l’unique représentation d’un cavalier en armes, alors que les autres montrent uniquement des personnages sans armures, et tiennent une gaule à la place de l’épée.

Les qualités de la volte de hanche sont de ne pas tourner le dos à l’adversaire, de de garder
un cheval droit vers sa cible, si elle est réalisée entièrement. A cela quelques précisions sont ajoutées : une fois que le cavalier a appris cette volte au cheval, il doit être capable de la lui faire faire avec une action de jambe minimale, pour « conserver l’assurance de la selle ». Il est également précisé que les Allemands sont doués pour ce genre d’exercice. Enfin le dernier conseil livré est qu’il faut engager son adversaire côté droit à côté droit, et effectuer la volte de hanche à main droite.

Les traités plus tardifs abordent également le combat à cheval, à travers l’axes des tournois. Pluvinel, de la Broue, et de la Noue terminent leurs traités sur cette pratique qui est déjà largement désuète au début du 17 e siècle. A cette époque le combat en champs clos à vraisemblablement disparu. Les activités martiales équestre sont la course à la bague, la course contre le faquin, la joute et le combat à l’épée et le carrousel, mais il ne sera abordé ici que le combat à l’épée. Les autres disciplines voient en effet les possibilités de déplacement extrêmement réduite : l’emploi de la lice et des contre-lices forcent le déplacement du cheval dans une seule direction, et les cavaliers s’arrêtent en bout de lice. Dans le cas du combat à l’épée, aucune structure ne limite le mouvement des adversaires, leurs déplacements sont donc plus libres.

De la Noue et Pluvinel parlent du combat à l’épée. Le premier l’évoque dans un contexte de guerre, le second dans un contexte de jeu. L’action est cependant similaire chez les deux auteurs : les deux cavaliers effectuent la passade au plus proche l’un de l’autre, font leurs actions d’escrime, puis reviennent face à face sur la passade, avec une demie volte à la fin de celle-ci. Pluvinel ajoute que les cavaliers ont aussi la possibilité, non pas de réaliser cette demie volte, mais de se tourner l’un autour de l’autre, toujours en vis-à-vis et en enchaînant les frappes.

Attaquer l’adversaire en ligne droite, puis tenter de le prendre à revers est la méthode qui revient le plus souvent lorsque ces traités d’équitation qui s’intéressent au combat. Cela complète même plutôt bien les quelques informations que l’on récupère dans les livres d’armes.

Conclusion

Les livres d’armes et les traités d’équitation sont loin d’être exhaustifs : ils n’offrent qu’un petit aperçu de ce que pouvait être le combat à cheval en armure aux 15e et 16e siècle. Ils permettent néanmoins de privilégier certaines hypothèses par rapport à d’autres. Compte tenu de leur construction, les pièces de combat monté décrivent des échanges brefs entre des cavaliers se dirigeant l’un vers l’autre et se dépassant rapidement. Bien que la vitesse des chevaux soit une inconnue de taille, les voltes à effectuer au bout d’une passade doivent pouvoir se faire même en allant « à pleine carrière ». Faire volte-face peut donc nécessiter plus ou moins de distance, surtout lorsque les pièces en question indiquent de s’éloigner loin et vite de l’adversaire.

Se retourner avant l’adversaire est toujours un avantage, tout comme lui gagner le dos et le côté gauche, celui où il tient ses rênes. C’est une situation qui est conseillée et décrite à la lance et à la lutte. Cependant le cas de la poursuite est remarquablement absent lorsque adversaires sont tous les deux avec l’épée. Au contraire presque toutes les pièces avec l’épée se font en face à face. Antonius Rast évoque comment contrer un demi-tour, en menaçant le cheval adverse avec l’épée en longue pointe, et en se retournant également le plus rapidement possible. Cela force ainsi les cavaliers à prendre plus de distance après s’être croisés, faisant en sorte qu’une majorité des rencontres avec l’épée se fassent de face.

Cette façon de procéder – s’élancer, se croiser, s’éloigner et se retourner– n’est surement pas la seule manière de se déplacer dans le combat, surtout avec l’épée. Pluvinel évoque ainsi deux cavaliers se frappant en continu dans une sorte de ballet tournoyant. Que ce soit à la lutte ou à l’épée, ce mode de déplacement est aussi possible et il est douteux de penser qu’il n’ait pas pu être employé. Cependant le contenu des livres de combat ne semble pas adapté à ces circonvolutions, et semble privilégier des trajectoires droites.

Les déplacements des adversaires dans les affrontements décrits par les livres d’armes semblent être le résultat de contraintes tant techniques (taille de l’arme, manœuvrabilité de celle-ci, sécurité du cheval), que conventionnelles (une seule façon de rencontrer l’autre cavalier semble correspondre aux écrits, alors qu’il est peu probable que ce soit la seule manière de faire). On constate qu’une certaine emphase est mise sur le fait de faire face à l’ennemi, ce qui peut être le marqueur d’une certaine culture du défi et de la virilité. Il existe malgré tout des solutions pour sortir victorieux des situations les plus diverses. Si malgré tout l’adversaire arrive par l’arrière ou d’une façon moins habituelle. Cela montre également que si des normes semblent exister, les combattants sont avant tout libres dans leurs choix à l’intérieur des barrières.

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