Le dussack dans les sources allemandes

De toutes les armes traitées dans les sources allemandes, le dussack, au côté de l’épée longue, est sûrement la plus emblématique, tant elle est représentative des traditions martiales dans les milieux bourgeois de l’Allemagne à la Renaissance. Pourtant le dussack, et sa pratique restent encore assez nébuleux aux yeux de certains. Voici donc un article pour y voir plus clair sur le sujet.

On trouve principalement le dussack dans les sources d’escrime allemande du XVIe siècle. Il s’agit d’une arme tenue à une main, à un seul tranchant, que l’on peut assimiler à un sabre. D’après les textes et les illustrations, c’est une arme faite en bois, même s’il est mentionné que des versions en cuir existent. Le choix de ce matériau, le bois, peut étonner, d’autant plus qu’il existe aussi l’équivalent en acier de ces armes, souvent munie d’une demie coquille pour protéger la main. L’un se destine à la pratique de l’escrime de salle, l’autre aux affaires sérieuses et à la guerre. Vu qu’aucune représentation de dussack en acier n’est associée aux textes qui parlent du maniement de cette arme, on peut supposer que ceux-ci parle du maniement de la version en bois, et concernent essentiellement les pratiques en salle d’armes.

Le mot “dussack” est le terme allemand et, avec les différentes variations orthographique de l’époque, peut aussi bien s’écrire tussack/tessack/dussagk, etc… Il existe également un nom français pour cette arme “braque” ou “braquet”, et qui dérive de braquemart, qui désigne le coutelas des paysans.

Car la pratique du dussack est l’héritière de celle du “lang Messer”, le long couteau, ou coutelas, dont les textes qui en enseignent le maniement appartiennent plus au XVe siècle. La transition entre messer et dussack est d’ailleurs visible dans le corpus de source, à la fois dans les termes utilisés, comme dans les représentations. Dans les livres d’arme du XVe siècle le messer est souvent représenté comme une une arme en acier, avec un seul tranchant, une garde à trois quillons, et un pommeau recourbé pour crocheter. Les ouvrages traitant du dussack montrent une arme en bois, sans partie tranchante ou pointue, avec une garde sans quillons, mais qui protège le devant des doigts, et parfois le dos de la main. Au début du XVIe siècle, les choses se mélangent un peu : certains textes parlent de messer mais montrent des armes en bois, et certains textes de messer sont carrément copiés, mais en remplaçant le terme “messer” par celui de “dussack”.

De plus à l’exception d’un auteur en particulier, il y a assez peu de différence entre la manière de se battre au messer ou au dussack. C’est pourquoi je vais présenter ici à titre indicatif différents auteurs qui parlent du maniement du dussack, mais également de celui du messer.

Hans Talhoffer (1467)

Il y a peu de pages consacrées au messer dans les différents manuscrits associés à Hans Talhoffer. Cependant ils sont particulièrement intéressants car les illustrations, qui forment le principal vecteur d’information chez cet auteur, peuvent s’assembler pour décrire une série d’actions en plusieurs images, ce qui est plutôt unique dans le corpus des livres d’armes. Et même si ce n’est pas le sujet, on notera que dans la plupart des passages consacrés à l’épée et la bocle, il s’agit en réalité d’un messer qui est représenté et non une épée. La traduction est disponible ici.

Codex Wallerstein (1470s)

Les textes associés à ce que l’on nomme le “Codex Wallerstein” n’appartiennent pas à la tradition de Liechtenauer. On y trouve notamment une partie sur l’épée longue, le messer et la dague. L’arme qui nous concerne n’est traitée qu’en seulement huit pièces, mais celles-ci permettent d’avoir un aperçu rapide de comment se battre avec le messer. La traduction est disponible ici.

Paulus Kal (1470s)

De la même manière que chez Talhoffer, le manuscrit de Paulus Kal repose essentiellement sur les images pour transmettre ses informations. Le nombre de pièces est réduit et il n’y a quasiment pas de texte.

Johannes Lecküchner (1482)

S’il ne fallait retenir qu’un seul traité de messer, ce serait le sien. “L’art de combattre avec le coutelas” de Johannes Lecküchner est le plus gros ouvrage sur le messer, avec une illustration pour chaque pièce. Sa particularité est d’avoir une construction très similaire aux traités d’épée longue du XVe siècle. Il se présente en effet sous la forme d’un long poème, découpé et glosé. De plus les éléments abordés se superposent de façon claires avec ceux de l’épée longue, même si certaines techniques sont renommées. Sa traduction est disponible ici.

Peter Falkner (1495)

La plus grande partie du traité de Peter Falkner, soit plus d’un tiers du manuscrit, est dédiée au messer. Chaque pièce est illustrée et accompagne un texte en rime, qui est une version altérée du poème qui est glosé dans le traité de Lecküchner.

André Pauernfeyndt (1516)

C’est André Pauernfeyndt qui mentionne en premier le terme “dussack”, et qui y dédie une partie de son livre. Plus exactement c’est un enseignement sur le “messer”, et c’est le terme utilisé tout au long du livre, mais l’introduction précise qu’il s’agit d’une base de pratique pour “toutes les armes utilisées avec une main, comme le “dussack” ou le poignard, l’épée de taille ou l’épée estoc”. La traduction est disponible ici.

Paulus Hector Mair (1540s)

Dans l’immense compilation sur les arts martiaux qu’est le De Arte Athletica on trouve deux ensembles sur le dussack. Le premier est une copie du traité de Lecküchner, où le mot “messer” a été remplacé par celui de “dussack”. La présentation du contenu du livre nous indique d’ailleurs que le le mot “messer” serait juste un ancienne appellation du dussack. La seconde ensemble est une série de pièces originales et illustrées sur le maniement du dussack. La traduction est disponible ici.

Joachim Meyer (1570)

L’enseignement de Joachim Meyer sur le dussack se démarque beaucoup des autres sources de ce corpus, tant sur le fond que dans la forme, ce qui le rend plutôt singulier, en plus d’être le texte le plus imposant sur le maniement de cette arme. Si des sources antérieures confirment que le messer et de l’épée longue partagent une base théorique commune, ici épée longue et dussack (et d’autres armes) sont présentées dans le même ensemble, avec de fréquents renvois à l’une ou l’autre des parties. Tout comme chez Pauernfeyndt, l’enseignement du dussack est présenté comme une base pour le maniement de toutes les autres armes à une main, notamment l’épée seule (qui est l’arme traitée juste après par Meyer). Enfin, le dussack de Joachim Meyer est unique pour plusieurs éléments : une position où l’on est presque exclusivement pied droit devant, frappes amples, description beaucoup plus fine des mouvements de l’arme et du corps, et un certain délaissement de la lutte. C’est aussi le texte le plus important, en terme de contenu tant sur le plan théorique, que pratique. La traduction est disponible ici.

Les Petits Gros (1599)

Dernière source originale de dussack, le manuscrit dit “Des Petits Gros” contient une petite vingtaine de pièces sur le maniement de cette arme. Comme d’habitude la cible à atteindre est quasiment toujours la tête, et le texte fait la part belle aux techniques de lutte. On note également l’absence de l’estoc avec le dussack, ce qui n’était pas le cas, du moins en théorie, chez les précédents auteurs comme Mair ou Meyer. La traduction est disponible ici.

Jacob Sutor (1612)

Le livre de Sutor reprend le contenu de celui de Joachim Meyer, en abrégeant fortement le propos, et en laissant de côté la partie théorique qui caractérisait l’œuvre de ce dernier. Les illustrations sont également copiées, mais en ne gardant que les escrimeurs du premier plans.

Theodore Verolini (1679)

Theodore Verolini est le dernier auteur de la tradition allemande issue de Liechtenauer, et également le dernier à traiter du dussack. Comme pour Sutor, il s’agit là encore d’une version copiée, réduite, et partielle ce qu’avait écrit Meyer environ cent ans auparavant. Mais à la différence de Sutor, c’est ici la partie théorique que l’on retrouve, et non les pièces.

Il existe bien d’autres textes, tant de dussack que de messer, et il n’y a pas forcément d’intérêt à tous les présenter ici. Certains d’entre eux sont cependant présents dans la section travaux du site, sous la rubrique “autres auteurs”.

1 thought on “Le dussack dans les sources allemandes

  1. Pingback: Le dussack de Joachim Meyer, Partie 1 : Généralités | Lecture & Combat

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