Le dussack de Joachim Meyer, Partie 1 : Généralités

Dans son traité “Discours détaillé sur l’Art du combat” publié en 1570, le strasbourgeois Joachim Meyer aborde le maniement des armes à une main avec le dussack, une sorte de sabre très en vogue dans l’Allemagne du XVIe siècle. Comme sa pratique est une base essentielle pour de nombreux aspects de l’escrime de Joachim Meyer, je vous propose une série d’articles qui feront une revue détaillée du maniement de cette arme.

Qu’est-ce que le dussack ?

Le dussack est une arme à une main, qui ressemble à un sabre, et qui est populaire dans les cercles d’escrime du Saint Empire, aux XVIe et XVIIe siècles. C’est une arme relativement courte, à lame courbe et d’un seul tranchant, sans barre de quillons, mais avec une garde protégeant le devant de la main, et un ergot en protégeant le dos.

Le mot “dussack” est un terme allemand et, avec les différentes variations orthographiques de l’époque, peut aussi bien s’écrire tussack/tessack/dussagk, etc… Il existe également un nom français pour cette arme “braque” ou “braquet”, qui dérive de braquemart, et qui désigne le coutelas des paysans. Ce coutelas, que l’on rencontre dans les sources allemandes sous le nom de “Messer” est l’ancêtre du dussack, selon certains auteurs de l’époque.

Si l’on dit que la pratique du dussack est liée aux salles d’armes, c’est dû au fait qu’il s’agit d’une arme en bois, ce qui l’exclut pour un usage dans les affaires sérieuses. Il existe bien une version acier du dussack, mais jamais les illustrations contenues dans les sources ne montrent ce modèle de l’arme. Ces illustrations sont d’ailleurs la seule source d’information sur la forme de l’arme, aucun dussack en bois n’ayant survécu jusqu’à nos jours. On notera également que le dussack est vraisemblablement distingué du sabre, “Säbel”, qui est l’arme associée aux Turcs.

De gauche à droite, un sabre, un dussack en bois, et sa version en acier

Hormis les textes d’escrime, le dussack est surtout représenté dans le contexte des Fechtschülen, des rencontres publiques d’escrime organisées essentiellement dans les villes du Saint Empire. Les citoyens des villes s’y affrontent, tant pour espérer décrocher un prix, que pour afficher leurs compétences martiales. Dans ces évènements, les escrimeurs combattent en duel avec différentes armes. Parmi celles-ci, l’épée longue est la plus connue, mais le dussack est aussi populaire. On trouve aussi d’autres armes dans ces rassemblement d’escrime, comme le bâton, la hallebarde, la pique, l’épée seule, ou la dague. Les règlements des Fechtschülen se sont pas connus dans le détail, mais on note des éléments récurrents, comme le fait de devoir faire la blessure sanguinolente la plus haute, ne pas faire d’estocs, ou ne pas frapper sous le niveau de la ceinture, ni vers les mains.

Néanmoins, le contenu des livres de combat ne décrit pas la pratique de ces Fechtschülen, Il peut donc y avoir de grosses différences entre les enseignements de l’un et les interdictions de l’autre.

Présentation du Discours détaillé sur l’art du combat et du manuscrit de Lundt

Joachim Meyer est un coutelier strasbourgeois, originaire de Suisse, qui a vécu au milieu du XVIe siècle (1535-1571). Il est à l’origine de trois ouvrages sur l’escrime, deux manuscrits et un imprimé. L’un de ses manuscrits, le manuscrit de Rostock, est une compilation d’anciens textes d’escrime liés à la tradition de Johannes Liechtenaueur, figure mythologique de l’escrime allemande de la fin du Moyen Age. Le second manuscrit est un ouvrage dédié à un de ses anciens élèves, Otto Graf von Sulms, Minzenberg und Sonnenwaldt. Il y traite de trois armes : l’épée longue, le dussack et l’épée seule. Ce manuscrit va servir de travail préparatoire à son livre imprimé, qui sera son œuvre majeure.

Publié en 1570, le Discours détaillé sur l’art du combat est un ouvrage monumental, décrivant l’usage des armes maniées par les bourgeois dans les salles d’armes et autres démonstrations publiques. L’auteur présente ainsi l’épée longue, le dussack, l’épée seule, la dague et la lutte, ainsi que les armes d’hast que sont le bâton, la hallebarde et la pique.

Il y a ainsi 5 parties, regroupées en 3 livres. L’épée longue constitue à elle seule le premier livre ; les armes à une main, le dussack et l’épée seule occupent le second livre, et le corps à corps est accolé aux armes d’hast dans le troisième livre.

Place du dussack dans les ouvrages

Le dussack est la deuxième arme présentée dans le manuscrit de Lundt, ainsi que dans l’imprimé de 1570, et cela obéit à une certaine logique. L’épée longue est l’arme pédagogique par excellence : c’est par celle-ci que Joachim Meyer démarre son enseignement de l’escrime, qui servira de base générale pour les autres armes. Cela est d’ailleurs explicitement dit dans la partie sur le dussack : « s’ensuit maintenant le dussack, qui prend son origine dans l’épée longue ».

Cet enchaînement entre arme à deux mains et arme à une main suit aussi une logique d’apprentissage car « la vraie source de tout combat est transmise à la fois à une et à deux mains.». Enfin le choix dussack pour démarrer l’enseignement des armes à une main est justifié parce qu’il est « l’origine et une base de pratique pour toutes les armes utilisées à une main ». Le dussack complète l’apprentissage de l’épée longue, tout en servant d’introduction à l’arme à une main plus spécialisée qu’est l’épée seule.

Il faut aussi noter que Joachim Meyer parle du dussack comme d’une arme avec laquelle « les jeunes gagnent généralement en compétence ». Il s’agirait donc également d’une arme d’apprentissage de l’escrime pour les novices, ce qui renforce le choix de placer cette arme en seconde position derrière l’épée longue.

Comme pour la plupart des autres armes de son livre, le contenu de la partie sur le dussack peut être divisée en deux. On trouve une première partie introductive, où sont définies les gardes, les frappes, ainsi que les grands concepts du combat. La seconde partie contient les pièces d’escrime réalisables depuis les différentes gardes, ce qui constitue la mise en pratique de la partie précédente.

Le dussack de Joachim Meyer dans la tradition allemande

Joachim Meyer est loin d’être le premier auteur allemand à avoir écrit sur le dussack. Comme le rappelle ce précédent billet, il est même un des derniers. C’est pourtant à mon sens, celui qui se démarque du reste du corpus allemand sur ce sujet. D’une part le dussack de Joachim Meyer offre le contenu le plus important. C’est aussi celui qui possède le style de rédaction le plus didactique, avec un rédacteur s’adressant directement au lecteur, ainsi qu’avec des explications théoriques conjuguées à des exemples pratiques. Ceci est à mettre en perspective quant à la plupart des autres sources, qui ne sont souvent qu’une suite de pièces et de contres, et où la partie théorique est le plus souvent succincte, quand elle existe seulement.

Dans la forme, la pratique du dussack de Joachim Meyer se démarque aussi de celui des autres auteurs. Ces éléments seront vu plus dans détails dans les articles suivants, mais plusieurs choses rendent unique le dussack de Joachim Meyer : le pied droit est presque exclusivement devant, les frappes sont amples, les coups sont donnés tant avec les tranchants qu’avec le plat, la lutte est un peu dénigrées, etc…

Pourtant dans sa théorie, le dussack de Joachim Meyer est sûrement celui qui est le plus proche du coutelas de Lecküchner, le texte le plus important sur les armes a une main du corpus allemand. En effet il reprend du messer, le noms des gardes et des frappes de façon beaucoup plus explicite que d’autres texte de dussack, comme Paulus Hector Mair.

Pour finir, le dussack de Jochim Meyer sera copié au 17e siècle, mais en version tronquée et modifiée, dans les livres de Jakob Sutor et de Théodore Verolini.

Présentation du plan des articles

La partie sur le dussack dans l’imprimé de 1570 se veut pédagogique. La lecture de ses différents chapitres dans l’ordre est d’une complexité croissante et suffit pour comprendre les mécanismes de l’arme. Il donne en premier lieu des généralités sur l’escrime avec le dussack, puis enchaîne avec une mise en pratique de la théorie sous forme de pièces.

Cette série d’article suivra un ordre légèrement remanié par rapport à ce que présente Joachim Meyer :

Le dussack de Joachim Meyer :

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