S’armer de pied en cap : Le doublet armé

Une armure ne se porte pas n’importe comment. Elle a besoin d’un vêtement spécialisé sur lequel elle viendra reposer. Ce vêtement que l’on dit “armé” ou “à armé” est une étape nécessaire pour la réalisation de l’armure. Son port ajoute du volume à celui de son porteur et doit donc être pris en compte lorsque l’on prend les mesures pour l’armure.

La seconde étape du projet est la conception du doublet armé, le vêtement sur lequel reposera l’armure. C’est un vêtement légèrement rembourré, à la fois pour absorber les chocs, mais aussi pour aider à la distribuer le poids de l’armure. Des lanières y sont accrochées, de façon a pouvoir y fixer les protections des bras, des jambes, et éventuellement des goussets de mailles pour la protection des aisselles.

Portrait fin 15e. On voit bien les lanière pour fixer les bras d’armure

La première difficulté est qu’aucun doublet armé ne nous est resté. Les seules sources qui en parlent sont picturales ou textuelles. La première hypothèse qui a été faite est que le doublet est avant tout un vêtement de son époque, que bien que spécialisé pour porter l’armure. J’ai donc fait le choix de me baser sur un vêtement usuel contemporain de l’armure.

La seconde difficulté est que nous avons peu de vêtement pour la période qui nous intéresse, c’est-à-dire autour des années 1540. Un des seul qui existe est le costume de Maurice de Saxe, daté de 1545 :

Mais sans plus de détail que des photo et des images d’époque, il est difficile d’avoir une base de travail. C’est la raison pour laquelle c’est un vêtement de 1560 qui a été choisi pour faire la base du doublet. Il a été étudié dans le livre Patterns of Fashion 3 de Janet Arnold, et elle en donne une interprétation de patron. Celui-ci à d’ailleurs la particularité d’être légèrement rembourré et d’avoir des œillets pour faire passer des lacets sur le haut des manche, ce qui fait dire à l’auteur que cette pièce aurait pu être un doublet à armer.

Cependant l’armure impose quelque modification a la forme générale du doublet : la présence d’un gorgerin articulé, nécessite d’avoir un vêtement qui monte haut sur le cou. Un col montant sera donc ajouté. De plus, les bras et les aisselles doivent être beaucoup plus ajustés pour facilement enfiler l’armure.

En ce qui concerne les matériaux et la construction, il existe un texte anglais de la fin du 15e siècle qui décrit de façon assez précises les caractéristiques du doublet armé :

How a man schall be armyd at his ese when he schal fighte on foote

He schal have noo schirte up on him but a dowbelet of ffustean lynyd with satene cutte full of hoolis. The dowblet muste be strongeli boude there the poyntis muste be sette aboute the greet of the arme. And the b ste before and beyhnde and the gussetis of mayle muste be sowid un to the dowbelet in the bought of the arme. And undir the arme the armynge poyntis muste be made of fyne twyne suche as men make stryngis for crossbowes and they muste be trussid small and poyntid as poyntis. Also they muste be wexid with cordeweneris coode. And than they woll neythirrecche nor breke. Also a payre hosyn of stamyn sengill and a peyre of shorte bulwerkis of thynne blanket to put aboute his kneys for chawfygeof his ligherness. Also a payre of shone of thikke cordwene and they muste be frette with smal whipcorde thre knottis up on a corde and thre coordis muste be faste sowid un to the hele of the shoo and fyne cordis in the mydill of the soole of the same shoo and that there be between the frettis of the heele and the frettis of the myddill of the shoo the space of thre fyngris.

Un des manuscrits accompagnant le texte est illustré avec cette image

Le texte donne plusieurs informations sur conception d’un doublet : l’extérieur est en futaine, la doublure est en satin. Les couture doivent être résistantes, ainsi que les lacets qui serviront à attacher les pièces d’armure. Des goussets de mailles sont cousus au doublet pour protéger les aisselles du porteur. Les chausses, enfin, doivent être rembourrées au niveau des genoux pour les protéger des frottements d’avec l’armure.

Un autre texte de la fin du 16e siècle parle de l’importance du rembourrage autour des épaules pour mieux distribuer le poids de l’armure.

Les autres parties du vêtements sont les chausses, qui recouvrent l’intégralité des jambes et des pieds, ainsi que la culotte, qui va se rajouter par-dessus les chausses. La culottes et les chausses sont moins sollicitées mécaniquement que le doublet, vu qu’aucune pièce n’est attachée dessus, mais les frottements avec l’armure sont malgré tout a prendre en compte.

La forme de la culotte est inspirée d’un costume du Trachtenbuch de Matheus Schwarz d’Augsbourg de 1539, ainsi que de celle de Maurice de Saxe datée de 1545.

Pour la réaliser, le patron sera inspiré des culottes bouffantes portées par la famille Stüre, que l’on retrouve également dans le Patterns of Fashion 3.

Les matériaux utilisés pour la confection sont les suivants :

  • Satin duchesse rouge carmin pour l’extérieur du doublet et de la culotte
  • Soie sauvage jaune soleil pour la doublure extérieure de la culotte
  • Soie pour la doublure intérieure du doublet
  • Cotton pour le rembourrage du doublet
  • Futaine rouge dans le même ton que le doublet pour les chausses

Ce choix de tissus est cohérent avec les différents textes, mais on est ici sur des matériaux plus haut de gamme, ayant privilégié les étoffes de soies plutôt que la futaine. Mettre de la soie à l’intérieur du doublet permet de plus facilement y faire glisser les bras.

Enfin il a fallu choisir une paire de chaussures. La mode allemande du milieux du 16e siècle est la Kuhmaulschue, ou chaussure à pattes d’ours, qui sont des chaussures au bout carré, et symétrique.

J’ai commandé ma paire chez Graziano dal Barco, un cordonnier italien spécialisé dans les modèles historiques. Malheureusement par manque d’attention j’ai demandé quelque chose de légèrement différent que ce que j’avais en tête. Je verrais avec le batteur d’armure si cela pose problème ou non pour la forme de l’armure du pied.

Pour la suite il faudra s’intéresser aux élément de mailles qui viendront couvrir les parties que l’armure ne protège pas.

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