Le dussack de Joachim Meyer, Partie 7 : Défenses et parades

La parade avec le dussack suit les mêmes principes que pour l’épée longue. Au début de son ouvrage, Joachim Meyer fait une description étendue du concept de parade, qui peut s’appliquer à l’ensemble de son escrime :

La manière dont il faut réaliser les coups dans l’ouvrage a été suffisamment expliquée. Etant donné que chaque coup est utilisé pour se défendre de ceux de ton adversaire, les neutraliser, ainsi que pour blesser son corps, apprendre les coups revient à apprendre les parades. Et tout comme tu as appris jusqu’à maintenant comment envoyer les frappes, tu as en même temps appris la manière dont tu dois écarter les frappes. Bien que les parades ne puissent pas être séparées des frappes, comme tu viens juste de l’apprendre, il est tout de même nécessaire de les traiter ici de façon spécifique, avec différentes classifications.

Retiens premièrement qu’il y a deux types de parades. La première est celle où tu pares de façon ordinaire, juste par peur, et sans aucun avantage particulier. Dans cette parade, tu ne fais rien d’autre qu’attraper les coups qui arrivent de ton adversaire, en maintenant ton arme contre lui, sans chercher à l’atteindre, et en te contentant seulement de pouvoir te retirer loin de lui sans dommages.

Le deuxième type de défense est celui où les parades sont faites avec des frappes :

Pour être plus utile, je vais maintenant classer les frappes et les parades qui se font avec un coup, et je vais seulement t’enseigner la manière dont tu dois utiliser de tels coups pour parer. Eux aussi peuvent se faire de deux façons :

  • La première c’est lorsque tu écartes le coup de ton adversaire, ou que tu renvoies sa frappe, et qu’après lui avoir pris sa défense, tu te rues vers son corps avec une frappe.
  • La seconde manière de parer, c’est lorsque tu pares et atteins simultanément l’adversaire avec un seul coup, ce qui était particulièrement salué par les anciens maîtres.

On peut appeler ces deux types de parades “active” et “passive”. Celle dite “passive” est la parade d’urgence, celle où l’on se contente de se protéger, celle dite “active” est celle avec laquelle on prépare une parade-riposte ou une contre attaque simultanée.

Joachim Meyer indique qu’il y a deux parades parades au dussack : la parade haute et la parade basse. La parade basse qui est issue des coups de dessus, est la garde de la parade droit devant. La parade haute qui est issue des coups de dessous, est la garde de l’Arche. On retrouve à peu près le même principe à l’épée longue avec les gardes de la parade droit devant et de la Pointe Suspendue.

L’Arche et la parade droit devant

Dans l’optique de faire une parade “active”, c’est-à-dire une parade-riposte, Joachim Meyer donne d’autres conseils dans le chapitre du dussack dédié à la parade. De nouveau il désigne deux types de parades : celles où l’on attrape l’attaque adverse, et celle où on la renvoie. Ces deux parades se retrouvent dans le premier exercice du chapitre sur les coups principaux, où il s’agissait d’enchaîner des demies frappes et des frappes complètes :

Ces [demies frappes] doivent servir à ce que tu apprennes à retenir tous tes coups à mi-chemin, avant qu’ils ne soient complètement réalisés, et à les transformer en parade, afin que tu puisses attraper au vol les coups de ton adversaire avec des coups simultanés.

De la même façon que tu as appris à attraper les frappes de ton adversaire avec des demi-coups, tu as ainsi appris à totalement dégager et renvoyer ses coups avec des frappes complètes.

Parade avec les frappes complètes

Les parades avec des frappes complètes servent à renvoyer/dégager (wegkhauwen) les frappes de l’adversaire. Le geste est décrit dans la deuxième partie du premier exercice du chapitre sur les coups principaux, et il est ici présenté en situation face à un adversaire, avec les parades hautes et basses :

Au moment où il frappe, frappe en même temps que lui, et avec ce coup simultané, saute bien sur le côté hors de son coup. Son dussack vient ainsi dessous et le tien dessus, lorsque les armes entrent en contact. Le pas t’a servi à ceci, c’est-à-dire à ce qu’il arrive dessous avec le coup initial, et à ce que tu arrives dessus avec la riposte.

Tu peux également contrer son coup de dessus avec ton coup de dessous. Ainsi, au moment où son coup vole vers toi, marche sur le côté hors de son coup, et remonte en frappant avec force contre son coup de dessus. Bien que le coup de dessous soit trop faible contre le coup de dessus, le coup de dessous est suffisamment renforcé par le pas pour faire le dégagement.

Cette nouvelle description de la parade avec des frappes complètes ajoute un élément important au mécanisme de la parade : faire un pas sur le côté en parant. C’est un élément récurrent des parades avec les armes à une main et les armes d’hast chez Joachim Meyer, et il apparait de nombreuses fois dans les pièces. L’auteur indique que ce pas sert à prendre l’avantage sur l’attaque adversaire, en arrivant bien dessus l’arme avec les parades basses, et en donnant suffisamment de force aux parades hautes.

La jambe avec laquelle on “marche hors du coup” n’est pas précisée dans ces exemples. On note cependant que ce pas est fait quasi systématiquement avec la jambe arrière dans le reste du traité. De plus ces exemples n’incluent pas la riposte, mais en général, celle-ci se fait accompagnée d’un second pas, de la jambe avant cette fois-ci. Le déplacement général pour dans les parades-ripostes est résumé par l’animation suivante :

Ce déplacement correspond au double pas dans le Triangle, décrit dans la partie sur l’épée longue. Le diagramme utilisé ci-dessus provient des planche de la partie sur l’épée seule, mais les illustrations du dussack ont elles aussi des diagrammes de déplacement :

De plus, à la fin de son chapitre sur les coups secondaire, Joachim Meyer donne des précisions sur la manière d’envoyer les coups pour prendre l’avantage dans la parade :

Premièrement, le coup de dessus contre tous les coups qui sont envoyés vers toi, que ce soit d’en dessous, diagonalement ou horizontalement, si tu l’envoies vers le dussack de l’adversaire, sur son fort et vers sa main droite. A l’inverse, le coup furieux ou le coup médian contrent ou attrapent le coup de dessus.

Retiens également que deux coups simultanés qui sont envoyés l’un contre l’autre avec leurs pas, se dégagent et se parent toujours l’un et l’autre. Cependant, celui qui vient avec son arme par-dessus celle de l’autre en frappant, aura l’avantage avec son coup. C’est pourquoi aussi souvent que l’adversaire te frappe d’en dessous, que ce soit depuis la gauche ou la droite, tu dois le rencontrer avec un coup de dessus. Mais s’il te frappe de dessus, alors dégage son coup de haut avec un coup furieux horizontal ou diagonal.

Bien que l’épée seule et le dussack partage une large base commune, cette manière de parer avec des frappes complètes semble être une spécificité du dussack.

Parade avec les demies frappes

La seconde façon de parer se fait avec les demies frappes, dans la parade droit devant ou dans l’Arche.

Attraper [un coup], ce n’est rien d’autre que venir à l’encontre ou attraper les coups de l’adversaire avec la parade, que ce soit avec l’Arche via un coup de dessous, ou avec la parade droit devant via le coup de dessus.

C’est sûrement le type de parade le plus “instinctif”, où l’on vient intercaler sont arme entre soi et l’attaque adversaire. Il ne faut cependant pas oublier qu’une bonne parade ne doit pas être passive, sous peine d’être contraint à toujours se défendre :

Tu ne dois cependant pas comprendre la parade comme certains en ont l’habitude, c’est-à-dire en maintenant juste leur arme, et en laissant les coups frapper par-dessus. Si tu veux attraper et parer le coup de l’adversaire, alors tu dois plutôt monter d’en bas, et aller en plein vol avec le bras tendu à l’encontre de son coup de dessus. Et plus tu attrapes son coup haut en l’air, plus tu le lui affaiblis, et tu peux non seulement faire ta riposte avec plus d’efficacité, mais également la réaliser avec plus de sureté. De la même manière, si tu veux parer le coup de dessous, alors tu dois également aller à son encontre d’en haut, et tomber par-dessus avec le bras tendu.

Ainsi pour se donner un meilleur avantage pour reprendre l’Avant avec une parade-riposte, il ne faut pas juste se protéger avec la parade, mais bien affaiblir le coup de l’adversaire, écarter sa menace, pour ainsi riposter en prenant le moins de risque possible.

Encore une fois, même si l’on vient seulement “attraper” l’attaque adversaire, cette parade est bel et bien un coup envoyé contre cette attaque, comme cela a été énoncé plus haut dans la partie sur l’épée longue, ou dans le premier exercice du chapitre sur les coups principaux.

Enfin, et bien qu’il ne le nomme pas, Joachim Meyer décrit un mécanisme similaire à celui de la poursuite. Même si l’auteur n’a pas le vocabulaire pour le décrire, il s’agit ici de jouer avec le tempo et le timing pour contrer l’adversaire au moment le plus opportun.

Apres avoir vu la parade, voici maintenant la riposte. Que ce soit avec la parade droit devant ou avec l’Arche, celle-ci repose sur le même principe : tourner la pointe vers l’adversaire

Si l’adversaire te frappe d’en dessous ou horizontalement, alors tombe par-dessus sa frappe avec la parade droit devant. Note le moment où les armes se touchent ou se percutent, et tourne ta pointe vers son visage en faisant un pas sur le côté hors de son coup.

Mais s’il frappe de dessus, alors attrape son coup d’en dessous dans l’Arche. Au moment où les dussack se percutent, alors pousse la pointe avant devant toi vers sa poitrine. Cela est parfois appelé le Bec de Cigogne.

On pourra être étonné de la présence de l’estoc au dussack, arme en bois très liée à la pratique des Fechtschulen. Pourtant celui-ci est très présent dans le jeu au dussack, que ce soit pour provoquer la défense de l’adversaire, pour l’attaquer depuis le liage, ou pour riposter après une parade.

Généralités sur les contres

Dans la dernière partie du chapitre sur la garde du Taureaux, Joachim Meyer présente une façon générique de contrer les attaques adverses :

La parade ordinaire que je vais te présenter est celle-ci : lorsque ton adversaire se précipite sur toi avec des coups, de manière à ce que tu sois obligé de parer, alors va avec une forte parade sous son coup, et retiens-le, de façon à ce qu’il ne puisse pas passer avec ce coup, afin qu’il soit obligé de ramener son dussack loin du tien, en arrière, et autour [de sa tête]. Tandis qu’il ramène son dussack vers le haut faire un autre coup, estoque aussitôt droit devant toi vers son visage, et tourne simultanément le long tranchant vers l’endroit où tu vois qu’il va refrapper. Tu as ainsi paré.

Ce premier contre est très similaire aux parades avec les demies frappes. C’est aussi une application directe de certains principes du liage. On vient en effet bloquer l’attaque adverse de façon à ce qu’il soit obligé de repartir avec son arme : il quitte donc le liage alors que nous sommes a distance d’attaque, ce qui nous permet de le poursuivre directement avec un estoc. Ce principe est décrit dans les parties sur l’épée longue, et sur l’épée seule.

Mais lorsque tu ne peux pas retenir son coup, certainement parce qu’il est trop fort, et qu’il passe en force, alors observe le moment où son coup passe ton dussack en tombant vers le sol, ou en glissant sur le côté, et estoque également droit devant toi vers son visage, tandis que son dussack est toujours en train de passer. Cet estoc doit être terminé avant que son arme ne soit complètement tombée au sol.

Dans le cas ou l’attaque de l’adversaire est manifestement trop forte, on laisse sa frappe glisser le long de son arme, ce qui amène à la même situation que précédemment : l’adversaire part du liage, ce laisse toutes latitudes pour estoquer.

Toujours sur le même principe, si l’adversaire cherche à faire des feintes, envoyer directement la pointe vers l’adversaire est une solution pour reprendre l’Avant :

Si l’adversaire te rencontre avec des coups trompeurs, alors pendant qu’il envoie son dussack d’un endroit à l’autre, estoque encore une fois depuis la Longue Pointe, droit devant toi vers son visage ou sa poitrine. Pendant ce temps, fais bien attention à rester avec la pointe avant devant son visage ou sa poitrine, et à tourner le long tranchant et la garde vers l’endroit il veut tomber avec ses coups. Aussi souvent que tu vois une opportunité, laisse un coup voler vers l’ouverture la plus proche.

Il faut cependant penser à orienter le long tranchant contre l’arme adversaire pour pouvoir se défendre tout en attaquant. Cette technique est très semblable à celle de l’écarté, ou absetzen, que l’on retrouve décrite à l’épée seule et à l’épée longue.

Joachim Meyer conclue la manière de se défendre au dussack de cette manière :

Aussi souvent que deux coups entrent en contact ou se lient, au moment où ils se percutent dans le liage, il faut que tu estoques devant toi en étant à son dussack, sans tenir compte du fait que son dussack parte du tien.


En résumé, les parades au dussack sont relativement simples : soit elles se font de dessus ou de dessus, avec des coups complets pour renvoyer l’attaque adversaire, soit avec des demies frappes et suives d’un estoc de riposte. Cette dernière forme est la plus mise en avant, et ce geste se retrouve dans beaucoup d’autres situation de la pratique du dussack. Les parades ripotes se font le plus souvent en deux temps, avec un déplacement spécifique : un pas sur le côté pour la défense, un pas en avant pour la contre attaque.

La manière de se défendre avec le dussack sert de base pour toutes les armes à une main, notamment pour l’épée seule. Cependant il n’est pas inutile de regarder ce que Joachim Meyer y a écrit, car certaines notions défensives citées dans le dussack ne sont réellement expliquées que dans la partie sur l’épée seule, comme la neutralisation, ou dempfen, et bien d’autres…


Le dussack de Joachim Meyer :

1 thought on “Le dussack de Joachim Meyer, Partie 7 : Défenses et parades

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