Comment affronter un cavalier lorsque l’on est à pied ?

Combattre à cheval donne beaucoup d’avantages : rapidité, hauteur, puissance ; autant d’éléments qui compliqueront les choses pour le piéton qui serait obligé de faire face à un cavalier. Bien que la fuite puisse être la décision la plus raisonnable, elle est néanmoins très risquée, le cavalier n’ayant aucun mal à poursuivre des fuyards. Faire face est donc parfois la seule option viable. C’est sûrement pourquoi on trouve dans les traités d’escrime des parties dédiées à l’affrontement entre un piéton et un cavalier.

Ce genre d’opposition est essentiellement abordé dans les sources du 16e siècle, même si on en trouve aussi dans les traités militaire du 19e siècle. La source la plus fournie à ce sujet est le De Arte Athletica de Paulus Hector Mair. Le début de sa partie sur le combat monté montre plusieurs situations où un homme à pied fait face à un autre, à cheval. On trouve également cette thématique dans le combat à pied en armure des glossateurs de Liechtenauer, chez quelques auteurs italiens, comme Marozzo ou Lovino et aussi chez Wallhausen, au début du 17e siècle.

Il existe cependant des différences importantes entre tous ces textes : l’équipement des combattants. Dans le combat en armure, chacun est évidemment armé de pied en cap. Chez Mair le piéton n’a aucune armure, si ce n’est un casque, de temps en temps, alors que le cavalier lui, porte l’armure complète. Enfin les textes italiens présentent deux adversaires sans armure. Il est important de noter ces différences, même si cela ne semble pas changer grand chose à la façon d’employer les techniques qui vont suivre. De plus, dans certains contextes, le cheval n’est pas une cible, comme c’est le cas pour le combat en champ clos décrit dans les sources allemandes.

On peut aussi classer les situations en fonction des armes utilisées. Les actions possibles seront différentes si le cavalier et le piéton ont des armes courtes ou longues.

Le piquier contre le cavalier et sa lance

C’est le cas de figure le plus classique lorsque l’on imagine le piéton contre le cavalier : la lourde charge à la lance contre le mur de pique. Attention toutefois : mise à part pour Wallhausen, rien n’indique que ces techniques soient utilisée dans des formations de soldats sur le champ de bataille. Il peut aussi s’agir d’escarmouche, ou d’autres situations de “petite guerre”.

La pique est l’arme la plus longue que puisse avoir un piétion. Elle peut mesurer entre 4 et 6 mètres, ce qui lui donne une portée supérieure à la lance du cavalier. C’est pourquoi la pique est une arme que l’on peut qualifier de lourde et peu maniable. L’imaginaire visuel montre souvent les piquiers avec le talon de leur arme enfiché dans la terre, et la pointe vers l’ennemi. Cette préconception est tout à fait valide, et c’est même la défense la plus représentée.

Lorsque’un piquier se trouve chargé par un cavalier et sa lance, il peut poser le talon au sol et maintenir la pointe face à l’adversaire. Dans sa partie sur la pique, Joachim Meyer donne à cette position le de nom de “garde du champ de bataille”, car c’est de là que vient son utilisation. Dans cette positon défensive on pourra facilement tourner la pique vers la droite ou la gauche pour dévier la lance adverse, puis la rediriger vers le cavalier ou le cheval. De plus, lorsque la pique repose au sol, et que le talon est calé contre le pied arrière, on peut tenir l’arme uniquement avec la main gauche, et brandir ou préparer à sortir l’épée avec la main droite.

Il est aussi possible de pousser l’estoc avec la pique, c’est-à-dire de tendre les bras pour envoyer la pointe vers l’adversaire. Cela peut se faire depuis la garde du champ de bataille de ci-dessus, ou depuis une autre position qui est appelée la “posture libre” ou la “garde haute pour l’estoc”. C’est l’autre position très connue des piquiers, où l’arme est maintenue à l’horizontale, face au visage adverse, et elle repose ainsi sur le bras ou l’épaule gauche de son porteur. De cette manière l’avant de la pique sera beaucoup plus mobile. On pourra ainsi passer sous la lance du cavalier pour la lui écarter du côté voulu, puis lui pousser un estoc au visage.

La longueur de la pique peut aussi être un désavantage au profit du cavalier dans certains cas. De la même manière que le piquer, le cavalier peut parer avec sa lance, et il a plusieurs manière de passer outre la défense de son adversaire. Si le cavalier passe derrière la pointe de la pique il peut laisser tomber sa lance pour coincer la pique sous son bras, et ainsi empêcher le piéton de l’utiliser. A ce moment là, c’est celui qui sortira le plus vite son épée qui l’emportera. La pièce qui décrit cette situation tourne manifestement à l’avantage du cavalier.

Le combat en armure ajoute une défense supplémentaire avec la pique. Dans la situation un peu particulière d’un combat à cheval en champ clos, les deux combattants sont protégés par une armure, et il arrive que le cheval ne soit pas une cible. Bien que ce genre de duel commence à cheval, les aléas du combat font qu’un cavalier avec une épée puisse venir attaquer un piéton qui a encore sa lance. Cette lance est une arme de cavalier, et sa grande taille l’apparente à une pique, et elle peut être utilisée selon les manières décrites ci-dessus. Le cavalier avec son épée, n’est pas a son avantage : même s’il profite de la force et de la vitesse de sa monture, son arme a une portée faible et il y a peu de chance qu’il puisse blesser avec un piéton en armure. A contrario, le piéton est bien protégé derrière sa lance. Malgré tout l’armure du cavalier le rend virtuellement invulnérable, et l’impossibilité de viser le cheval peut compliquer l’exercice du piéton. Une solution qui s’offre à lui est de faire trébucher le cheval adverse en suspendant la partie avant de la lance entre ses antérieurs.

Le hallebardier contre le cavalier et sa lance

A défaut de pique, on peut aussi affronter un cavalier armé d’une lance avec une hallebarde. L’arme est bien plus courte, même si sa taille reste respectable, et la présences des différents crochets permettent de nouvelles options défensives contre un cavalier. Avec le devant de la lame, il est possible de pousser la lance vers le haut et ainsi de complètement bloquer l’action du cavalier, tout en ayant la possibilité de placer un estoc.

Il est aussi possible de rabattre la lance sur le côté en guise de parade. Mais grâce à ses crochets, la hallebarde permet de faire mieux. En frappant la lance de l’adversaire vers le bas, il est possible de la lui enfoncer dans le sol, et de la lui briser. La lance est solidaire du cavalier grâce à l’arrêt de cuirasse, cela lui permet de mieux transmettre la force du cheval dans son attaque. Ironiquement, c’est aussi ce principe qui cause la perte du cavalier ici : la force de l’impact sera totalement transférée au cavalier, qui pourra être éjecté de la selle par le choc.

Les crochets de la hallebarde peuvent aussi être utilisé pour désarçonner son adversaire. Là encore, il s’agit d’un des emplois de la hallebarde que l’on retrouve souvent dans l’imaginaire collectif, et qui est tout à fait sourcé. Après avoir débarrassé le cavalier de sa lance, s’il n’est pas tombé comme dans l’exemple précédent, on peut venir le tirer par le cou avec le dessous de la lame pour le mettre à terre, avant qu’il ne puisse sortir une autre arme. Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres, et il est évidemment possible de faire ce genre d’actions en saisissant le cavalier par d’autres endroits, comme les bras ou les épaules, et d’utiliser les autres parties de la hallebarde.

Le pétions et son épée contre le cavalier

Pour se défendre contre un cavalier qui a une lance, il vaut mieux avoir soi-même un arme longue, autrement le cavalier risque d’avoir un avantage bien trop important. C’est pour cela que les différentes pièces montrant des piétons équipés d’épées font aussi face à des cavaliers équipés d’armes similaires. Malgré tout Mair donne un moyen de parer une lance lorsque l’on n’a qu’une épée longue pour se défendre. Il faut écarter la lance avec les quillons et l’arme à la verticale, dans ce qu’on appelle la couronne. Après que le cavalier soit passé, on se retourne pour frapper le cheval aux jarrets pour le mettre à terre.

Mais la plupart des situations concernent des piétons qui ont une épée à une main et éventuellement une autre arme dans la main gauche, comme une bocle, un poignard, voire une cape. Lorsque l’on a une bocle, on vient parer le coup avec celle-ci et l’on frappe le cheval dans le même temps. Lorsqu’on vise le cheval, on cherche à atteindre ses pieds. On peut aussi estoquer vers le poitrail du cheval.

Lovino propose de faire une chose similaire, avec l’épée et le poignard. Le coup est paré avec le poignard, mais la principale action défensive reste de retirer son corps de la trajectoire du cheval. Avec l’épée, on va encore attaquer les membres du cheval, plutôt que le cavalier. Lovino explique que frapper la jambe du cavalier laissera le piéton exposé à la riposte, tandis que frapper le cheval le mettra a terre, au grand avantage du piéton.

Marozzo, quant à lui, parle de se défendre contre un cavalier avec l’épée et la cape. La première chose à faire est de se mettre sur la gauche du cheval. Si l’adversaire est droitier, on est ainsi plus a l’abri de ses attaques. On peut aussi lancer la cape sur la tête du cheval pour l’aveugler. Ensuite, comme dans les autres exemples, on vient frapper le cheval : ici on envoie un revers vers les membres antérieurs, puis un maindroit vers la jambe du cavalier. Un fois près du cheval, on peut l’empêcher de se déplacer en lui tenant la bride avec la main gauche. De cette manière le cavalier n’aura plus d’emprise sur sa monture, et on pourra plus facilement estoquer l’un ou l’autre. Attaquer le cheval est aussi le meilleur moyen de s’en protéger : étant un animal de nature fuyarde, le cheval sera très déstabilisé s’il se trouve blessé par le piéton, et se montrera ainsi très rétif à retourner vers lui.

Une fois très proche du cheval, on peut saisir la bride. Cela permet d’immobiliser le cheval, mais c’est aussi un moyen pour essayer de le renverser. Lorsque l’on se trouve collé à la monture adversaire, on peut aussi chercher à mettre le cavalier à bas de son cheval. En lâchant les armes, on peut lui saisir la main d’épée avec une main, et le faire chuter avec l’autre. On peut attirer le cavalier à soi en l’attrapant par le cou, l’aisselle ou le bras, mais on peut aussi le renverser de l’autre côté en lui levant la jambe.


Affronter un cavalier quand on est à terre est une entreprise risquée. Le combat est plus équilibré quand on dispose d’une arme longue, mais le piéton reste désavantagé dans tous les cas. Et si le plus grand danger reste de se prendre un coup ou un estoc de l’adversaire, un choc avec le cheval n’est pas plus enviable non plus. Les montures de l’époque étaient un peu moins grandes qu’aujourd’hui, mais malgré cela un cheval toisant à 1m50 peut facilement dépasser les 400kg, emporter 100kg de cavalier et d’armure, et atteindre des vitesses de pointe supérieures à 30 km/h. On n’arrête pas une telle masse à la force d’un seul homme, même derrière une pique, et le risque d’écrasement est toujours là, que ce soit un acte volontaire du cheval, ou une conséquence de sa chute.

1 thought on “Comment affronter un cavalier lorsque l’on est à pied ?

  1. Pingback: Le combat en armure chez Peter von Danzig | Lecture & Combat

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