Le coutelas du Codex Wallerstein

Pour accompagner la traduction de L’art du combat avec le coutelas de J. Lecküchner du Docteur Chaize, voici une petite analyse, nettement moins ambitieuse, du combat au coutelas présent dans le Cod.I.6.4º.2, aussi connu sous le nom de Codex Wallerstein.

Le Codex Wallerstein est un livre de combat compilé en 1556 formé de trois traités distincts, appelés A, B et C. La partie A est sans doute la plus connue et regroupe des enseignements sur l’épée longue, le coutelas et la dague. La partie B est un traité de lutte. La partie C semble être liée aux manuscrits du groupe Gladiatoria. Dans l’ensemble, ces trois parties semblent dater du second tiers du XVe siècle.

De plus le contenu de la partie A se retrouve dans d’autres traités, tels que l’Οπλοδιδασκαλια attribué à Albrecht Dürer, le traité d’Antonius Rast, ainsi que d’autres manuscrits associés à la ville de Nuremberg. Ils ne sont pas tous identiques, avec parfois des manques ou des ajouts.

Le coutelas du Codex Wallerstein est composé d’environ huit pièces, ce qui est peu, surtout en comparaison du travail de J. Lecküchner. Cependant ce contenu plus réduit n’empêche pas ces huit pièces d’offrir une base solide sur la manière de manier le coutelas.


Item hawt dir ainer zu. mit einem messer nach dem kopff. so versecz deinen daum auff die flach deines messers. vnnd vach den straich auff den Nagel. als da gemalet steet. so magstu darnach arbaiten was du wilt. als du hernach finden wirst.


Item. Si l’adversaire te frappe vers la tête avec un coutelas, alors pare avec ton pouce sur le plat de ton coutelas et attrape le coup sur le clou, comme cela se trouve illustré. Tu peux ainsi œuvrer à ce que tu veux après cela, comme tu le trouveras ci-après.

Cette première pièce décrit une action fondamentale : la parade avec le troisième quillon, à partir de laquelle les trois pièces suivantes seront réalisées. Cette action présente plusieurs avantages : en parant ainsi avec le plat, la main est protégées de la lame par le troisième quillon du coutelas. De plus avec le poignet ainsi tourné, on se retrouve en position pour attaquer de l’autre côté du coutelas adversaire. Enfin notons que dans l’illustration, le défenseur qui est à gauche, va activement chercher la parade de l’adversaire et récupère le coup avec le bras tendu.

Item vichstu mit ainem mit dem messer, haut er dir oben ein, so versechcz mit deinem messer außen mit der fläch auf den nagel und gee pald für sich mit dem tencken fuß und vall im mit dem knopf über seinen arm, als hie gemalt stet, so haustu in in den kopf.


Item. Si tu combats avec le coutelas et qu’il te frappe en haut, alors pare avec ton coutelas, à l’extérieur, avec le plat et sur le clou, et avance aussitôt vers lui avec ton pied gauche et tombe avec le pommeau par-dessus son bras, comme cela se trouve illustré ici. Tu le frappes ainsi sur la tête.

Item mer ein gucz stuck. Haut dir ainer zu von oben nider, so vach den slag auf den nagel, als vor, und gee mit dem tencken fuß indes und stoß in mit deiner tencken hant sein rechte nider zu der erden und hau in über den kopf, als hie gemalt ist.


Item. Encore une bonne pièce. Si l’adversaire te frappe de haut en bas, alors attrape le coup sur le clou, comme avant, et dans le même temps avance avec ton pied gauche et rabats sa main droite vers le sol avec ta main gauche et frappe-le au-dessus de la tête, comme cela se trouve illustré ici.

Item haut dir ainer oben ein zu dem kopf, so versecz aber mit der fläch und auf den nagel und dauch im sein messer an wege, das er slachen müße, und wen er den slachen wil, so such die nachent und zeuch im den arm ab, als hie gemalt stet.


Item. Si l’adversaire te frappe en haut à la tête, alors pare encore avec le plat et sur le clou et repousse son coutelas au loin, de façon à ce qu’il soit obligé de frapper. Lorsqu’il veut frapper, cherche [l’ouverture] la plus proche et tranche-lui le bras, comme cela se trouve illustré ici.

Les trois pièces précédentes offrent chacune une solution différente après avoir attrapé le coup adverse sur le clou.

La première est une riposte à la tête en frappant de l’autre côté de l’arme adverse. Cela est rendu possible par la torsion de poignet adoptée pendant la parade. Pour éviter de se retrouver sous l’arme de l’adversaire, on avance avec la jambe gauche pour sortir de la ligne.

Comme la parade avec le cou se fait en allant vers l’adversaire, on se retrouve également à distance de lutte. C’est ce que montre la seconde pièce avec la saisie qu’effectue la main gauche. Là encore, il faut avancer avec la jambe gauche pour que la main libre puisse être à portée.

La dernière pièce montre le cas ou l’adversaire quitte le liage. Dans ce cas là on remonte le frapper vers le poignet avec un coup ascendant.

Item mer ein gucz stuck. Haut dir ainer oben zu den kopf, so wint im mit deinem messer unten durch und vach den straich darauf und vall im mit dem knopf über seinen arm und reiß an dich und trit zu mit dem tencken fuß und var im mit der tencken hant umb den hals, als hie gemalt stet, so wurfstu in auf den rucken.


Item. Encore une bonne pièce. Si l’adversaire te frappe en haut à la tête, alors tourne ton messer en passant en dessous et attrape le coup dessus. Tombe avec le pommeau par-dessus son bras et arrache vers toi. Avance avec ton pied gauche et va autour du cou avec ta main gauche, comme cela se trouve illustré ici. Tu le projettes ainsi sur le dos.

Item mer ein gucz stuck. Wen ainer oben nider haut, so wint unten durch mit deinem messer und lauf in ein und var mit deiner tencken hant hoch über seinen rechten arm und vaß hinter das ugssen und stich mit deinem messer zbischen dir und im durch an sein hals, als hie gemalt stet.


Item. Encore une bonne pièce. Lorsque l’adversaire frappe de haut en bas, alors tourne ton messer en passant dessous et rue-toi vers lui. Monte par-dessus son bras droit avec ta main gauche et attrape derrière l’aisselle. Estoque à travers son cou, avec le messer entre lui et toi, comme cela se trouve illustré ici.

Les deux pièces précédentes présentent une autre façon assez classique de se défendre avec le coutelas : la parade avec une suspension haute, que l’on appelle aussi l’Arche. Cela consiste à attraper un coup de dessus avec l’arme plutôt à l’horizontale, le vrai tranchant tourné vers le haut. Cette parade permet de se rapprocher de l’adversaire et d’enchaîner avec de la lutte.

Avec cette parade la main droite est très proche de celle de l’adversaire, ce qui permet de venir crocheter l’arme de l’adversaire avec le pommeau, comme on le voit dans la première pièce, puis de continuer à prendre l’avantage sur l’adversaire avec de la lutte.

Une autre possibilité est de venir entraver l’arme de l’adversaire. La parade dans l’Arche est très bonne pour se genre de manœuvre, et il est facile de venir enrouler son bras autour du coutelas adverse, ou de venir le bloquer sous l’aisselle comme le montre la seconde pièce.

Item ein anders stuck für einen starcken. Haut dir ainer starck oben ein, so vaß dein messer zu gewapnoter hant und vach den straich darein und trit zu im mit deinem tencken fuß und leg im das messer an den hals, als hie gemalt stet.


Item. Une autre pièce contre quelqu’un de fort. Si l’adversaire te frappe en haut, alors saisi ton coutelas avec la main armée et attrape le coup dessus. Marche vers lui avec ton pied gauche et pose le messer sur son cou, comme cela se trouve illustré ici.

Item haut dir ainer oben ein zu dem gesicht, so var auf mit gewapnoter hant und vach den slag in das messer und wint im den knopf über seinen arm und reiß hinder sich, als hie gemalt stet, so prichstu im den arm oder nimst im das messer.


Item. Si l’adversaire te frappe en haut vers le visage, alors monte avec la main armée et attrape le coup sur le coutelas. Tourne le pommeau par-dessus son bras et arrache vers l’arrière, comme cela se trouve illustré ici. Tu lui brises ainsi le bras ou tu lui prends le coutelas.

Item haut dir ainer oben ein zu dem kopf, so var auf mit gewapnoter hant und vach den straich in dy klingen, als vor, und trit vast hinter in mit deinem rechten fuß und leg im den knopf an den hals, als hie gemalt stet, so würfstu in an den rucken.


Item. Si l’adversaire te frappe en haut à la tête, alors monte avec la main armée et attrape le coup sur la lame, comme avant. Marche derrière lui avec ton pied droit et pose-lui le pommeau sur le cou, comme cela se trouve illustré ici. Tu le projettes ainsi sur le dos.

Les trois dernières pièces sont consacrées à la parade avec la main armurée, ce que l’on appelle aussi demie-épée, ou plutôt demi-coutelas dans ce cas précis. On vient ainsi saisir la lame de son arme avec la main gauche et on pare le coup de l’adversaire entre les deux mains, sur la lame. Le plus souvent il s’agit d’un coup descendant visant la tête, c’est pourquoi cela est souvent appelé la parade avec la couronne.

L’avantage du demi-coutelas, c’est qu’il est désormais possible d’utiliser les deux extrémités de l’arme, la pointe et le pommeau pour crocheter l’adversaire. C’est ce que montrent la première et la dernière pièce, qui présentent la même technique, faite à gauche avec la pointe de la lame, puis à droite avec le pommeau de l’arme.

Item laufft dich ainer Resch an. so thue als wellestu Im nach dem kopff hawen. vnnd ker dich vbering vmb vor Jm. vnnd haw Im lannckh anch seinem arm. als da gemalt steet.


Item. Si l’adversaire se rue droit sur toi, alors fais comme si tu voulais le frapper vers la tête, puis retourne-toi devant lui et frappe-le de loin vers son bras, comme cela se trouve illustré ici.

Cette dernière pièce, qui n’est pas présente dans le Codex Wallerstein, nous montre une astuce pour contrer un adversaire qui se rapproche. Elle amène à tourner le dos à l’adversaire pour mettre le plus de distance possible. Ceci est suffisamment rares dans les livres d’armes pour être noté.


Le coutelas du Codex Wallerstein montre surtout des éléments défensifs. Il fait peu de cas de la manière d’attaquer et de porter les coups. Dans chaque pièce l’adversaire donne toujours la même attaque, une frappe de dessus à la tête, en avançant le pied droit.

Le traité peut ainsi être découpé en trois parties, une pour chaque parade :

  • Les pièces depuis la parade avec le clou
  • Les pièces depuis l’Arche
  • Les pièces depuis la couronne, qui est la parade au-dessus de la tête avec la main armurée

Ce que l’on remarque très vite c’est que la plupart de ces parades entraînent une riposte impliquant de la lutte ou des désarment. Seule la parade avec le clou propose de continuer avec une frappe.

Le coutelas est une arme courte tenue à une main, ce qui laisse logiquement de nombreuses possibilités de se rapprocher de l’adversaire et d’utiliser la main libre pour lutter. On retrouve bien ce principe chez J. Lecküchner où les techniques au corps à corps occupent la majorité du manuscrit.

En conclusion on peut dire que le coutelas du Codex Wallerstein, s’il ne permet pas à lui seul d’apprendre à manier l’arme, permet d’appréhender la nature de la pratique et est un passage obligé avant de se pencher sur des traités plus denses et plus complexes comme celui de J. Lecküchner.

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