La pique de Joachim Meyer, Partie 2 : Travail au fer

La majorité du combat à la pique se fera au contact de l’arme adversaire. Savoir gérer les situations dans le liage sera donc extrêmement important. Le contact des armes se fera essentiellement depuis deux gardes assez similaires, la garde du milieu et la garde basse pour l’estoc, comme on le voit sur le frontispice du livre :

Entrée au liage

Les arme entrent en contact essentiellement via les attaques et les parades, en interceptant et écartant l’estoc adverse, ou l’inverse. A ce propos la première pièce de la garde basse rappelle comment écarter une attaque de l’adversaire :

Place-toi ainsi dans la garde basse, de façon à ce que ta pique soit posée par-dessus ton genou avant et que ta pointe avant se trouve vers le visage de l’adversaire, comme tu l’as appris plus haut. Fais alors bien attention au côté duquel il envoie ses estocs vers toi. Écarte alors ses estocs avec des rotations, marche simultanément vers l’extérieur, de l’autre côté avec le pied arrière, et estoque ainsi en même temps que lui.

On retrouve ici la manière classique de parer et de riposter avec les armes où le pied avant est toujours le même : reculer le pied arrière en parant, avant avancer avec le pied avant en ripostant.

Avec la pique, la position des pieds est inversée et c’est le gauche qui est devant

Manœuvres et tactiques dans le liage

Au liage le but est simple : écarter la pique de l’adversaire pour estoquer droit vers son vissage. La méthode pour y arriver est décrite dans cette pièce de la garde basse :

Œuvrer dans l’Avant

S’il ne veut pas estoquer le premier, mais qu’il attend [tes estocs], alors lie-le au milieu de son bâton et ressens ainsi si tu peux le lui dégager sur le côté avec une poussée soudaine et rapide. Après cette poussée, laisse rapidement ta pique se projeter en avant vers son visage.

Ou bien, si tu l’as lié ainsi, alors change prudemment une ou deux fois côté en passant sous sa pique. Dans un premier temps, observe attentivement le côté pour lequel il va aller trop loin en poursuivant ton changement à travers, de façon à ce que tu te précipites avec un estoc vers l’ouverture.

Dans un second temps, lorsque l’adversaire change ainsi à travers avec sa pique, alors observe bien s’il va trop loin vers le bas ou sur le côté, ce qui peut facilement arriver. Estoque alors prudemment et rapidement vers son visage pendant qu’il change ainsi à travers.

Dans un troisième temps, lorsque tu remarques qu’il est à l’affût de ton changement à travers, alors change à travers le premier. Comme tu changes à travers avant lui, fais attention à l’estoc qu’il envoie vers toi. Aussitôt que son estoc vient vers toi, dégage-le avec un coup de côté et riposte rapidement avec un estoc.

Si tu es avisé que l’adversaire veuille t’inciter à estoquer avec un changement à travers afin de te tromper, alors fais comme si tu n’en savais rien et estoque-le sérieusement, mais tout de même prudemment, de façon à ce que tu ne perdes pas le contrôle de ta pique. Pendant qu’il voudra te la dégager, change en passant par-dessous avec un estoc. Ainsi non seulement il ne dégage rien, mais en plus il ira trop loin sur le côté avec son bâton. Avec cela il se découvre de l’autre côté. Après ton changement à travers, estoque de l’autre côté pendant qu’il est ainsi en train de dégager.

On peut combattre de manière semblable depuis la garde du milieu, comme le rappelle cette pièce :

Si tu rencontres l’adversaire dans une garde similaire, alors lie-le avec un comportement déterminé, et avant qu’il ne le réalise, dégage son bâton avec une violente poussée sur le côté, et pendant qu’il voudra bloquer et résister à ton dégagement, alors passe soudainement par-dessous sa pique et estoque de l’autre côté avec un pas sur le côté.

Cette pièce décrit de manière plutôt complète le liage à la pique :

  • Si le liage est mou, alors il faut projeter sa pointe directement vers l’adversaire, en lui dégageant son arme.
  • Si le liage est ferme ou que l’adversaire pousse, passer par-dessous son arme et estoquer de l’autre côté.
  • Si l’adversaire quitte le liage, souvent en passant par-dessous, estoquer directement au visage.

Elle apporte aussi les principaux éléments tactiques :

  • Jouer avec les changement à travers pour le faire paniquer dans ses parades et le faire s’ouvrir.
  • Changer à travers, c’est-à-dire quitter le liage, peut servir à provoquer l’attaque de l’adversaire, et donc le piéger avec un dégagement.
  • Inversement, s’il frappe vers la pique, on esquive le coup en passant par-dessous l’arme de l’adversaire.

On peut résumer la tactique ainsi, quand les armes sont au contact et que l’adversaire est statique, le but se sera de le faire se découvrir en lui faisant faire des mouvement de plus en plus amples, jusqu’à ce qu’il y ait l’opportunité de placer un estoc.


Il y a d’autres manœuvres qui se réalisent dans le liage, notamment avec la partie arrière de la pique, qui permet un contrôle différent de l’arme adversaire :

Changer de côté avec le talon

Passer par-dessous avec une rotation

Retiens ceci : lorsque l’adversaire te rencontre dans la parade droite ou dans une autre garde dans laquelle sa pique est dirigée droit devant lui, alors lie-le depuis ta gauche vers ta droite. Provoque-le avec ton comportement, des poussée et menaces de toutes sorte jusqu’à ce qu’il estoque. Lorsqu’il estoque, passe avec la partie arrière de ta pique par-dessous la sienne vers ta droite, puis avec ceci tourne vers le haut et ta droite, de manière à ce que déportes sa pique vers ta gauche avec cette rotation vers le haut ; regarde le personnage du haut à gauche de la gravure D à ce propos. Place-lui ensuite ta pique à l’intérieur sur la poitrine.

Principe

Aussi souvent que tu as lié avec le faible de ton bâton par-dessus le milieu de celui d’un adversaire qui est facilement incitable à estoquer, alors tu peux passer vers le côté que tu veux avec un pas sur le côté et une rotation de la partie arrière de ta pique. Et pendant que tu tournes par-dessous et que tu marches ainsi sur le côté, va le haut, afin que non seulement tu déportes sa pique vers le côté duquel tu as tourné par-dessous, mais également que tu prépares à placer ta pointe et estoquer selon ton souhait. Cette rotation passant par-dessous nécessite une certaine prudence, et pour être sûr de ce tu ressens [au liage].

Cette technique se retrouve à l’épée longue et au bâton. La taille hors norme de la pique change évidemment comment l’on doit réaliser cette technique. Bien que ce changement de côté puisse se faire des deux côtés selon le texte, il est plus facile à réaliser de la gauche vers la droite.

Se rapprocher de l’adversaire

Dans le liage il est possible d’avancer dans deux directions : vers l’arrière et l’avant. Reculer permet en général de se mettre en sécurité dans les situations où l’on perd le contrôle. La pique étant une arme très longue, avancer mettra l’adversaire en difficulté : il sera incapable d’utiliser son arme si l’adversaire passe derrière sa pointe. Le problème se pose aussi pour l’assaillant. Les deux pièces suivantes traitent de la manière de se rapprocher de l’adversaire avec la pique et l’attaquer derrière son arme :

Se ruer [vers l’adversaire]

Lie fermement le bâton de l’adversaire depuis ta gauche vers son côté droit. Lorsqu’il t’estoque, alors marche avec ton pied droit vers sa gauche, avec la tête bien penchée hors de son estoc. Tourne simultanément la pointe arrière vers ta droite, par-dessous sa pique. En passant par-dessous avec une rotation, dirige rapidement la pointe arrière de ta pique vers le haut et ta droite, afin de lui écarter son estoc vers ton côté gauche. Dans le même temps passe ta tête entre tes deux bras, vers ta droite. Laisse aussi ta main droite partir de la pointe avant, et avec celle-ci, rattrape ta pique devant ta main gauche, de façon à ce que ta pointe arrière loin par-dessus ton épaule gauche, tout en sautant rapidement vers son côté gauche. Ainsi tu pares et tu touches de la manière illustrée par le personnage en haut à gauche de la gravure E.

Une autre pièce

Item. Place la pointe arrière de ta pique sur ta hanche gauche et veille à lui donner une raison pour qu’il estoque vers ton côté gauche. Aussitôt qu’il estoque, alors laisse ta main droite quitter la pointe arrière et laisse ainsi la pointe arrière se projeter en arrière au travers de ta main gauche. Dans le même temps, saute également avec ton pied droit vers son côté gauche, et rattrape ta pique devant ta main gauche avec ta main droite, puis rue-toi encore une fois [vers lui] de la manière illustré par les mêmes personnages.

L’idée générale est de parer l’arme adversaire et de raccourcir la sienne pour l’attaquer à une distance réduite. C’est également avec ce genre de manœuvres qu’il sera possible de venir lutter. Aucune technique de corps à corps n’est décrite dans le livre de Joachim Meyer, mais il en existe dans le traité de Paulus Hector Mair.


Au liage, pour gagner l’avantage, il faut donc mettre la pression sur l’adversaire, en le forçant à bouger son arme de plus en plus, jusqu’à ce qu’il commette une erreur. Les techniques nécessitent de maîtriser toutes les subtilités du sentiment au fer, ainsi que d’avoir un excellent timing d’action.

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