Le dussack de Joachim Meyer, Partie 5 : Travail avec les coups principaux

Après avoir décrit les gardes et le lien qui les relie aux frappes, Joachim Meyer présente une série d’exemples sur la manière de donner les quatre coups principaux. Ces différents exercices enseignent à la fois les différentes manières de frapper et de se déplacer, ce qui constitue la base de l’escrime au dussack, mais aussi de l’épée seule.

Comme cela a été vu dans la partie précédente, les coups se donnent en passant d’une garde à l’autre, en avançant la jambe avant, et en suivant un des chemins du diagramme ci-dessous :

Pour approfondir cette mécanique de base, Joachim Meyer va présenter une succession de quatre exercices, pour apprendre à donner des coups dans différents contextes. On trouve ainsi les différentes instructions pour :

  • Envoyer des demies frappes et des frappes complètes selon les quatre directions, en avançant et en reculant
  • Enchaîner deux coups dans un sens puis dans l’autre selon la même ligne de frappe.
  • Ramener son arme vers une autre cible après avoir frappé dans une direction.
  • Alterner les lignes de frappes.

Chacune de ces thématiques est constituée d’une ou plusieurs pièces assez longue, car Meyer va souvent chercher à bien décomposer ce qu’il décrit. Pour cette raison, toutes les pièces ne figureront pas dans ce billet.

Demie frappes et frappes complètes

Joachim Meyer commence par un premier exercice qui consiste à faire des demies frappes, c’est-à-dire des frappes où l’arme ne va pas plus loin que la Longue Pointe. Grâce à cet exemple, on apprend comment marcher en frappant, et ainsi enchaîner plusieurs frappes :

Tiens-toi avec le pied gauche devant, et tiens ton dussack dans le Taureau, comme te le montre le grand personnage à gauche de la gravure précédente [B].

Marche, et frappe de haut en bas, droit selon la ligne verticale, jusqu’à l’endroit où les lignes se croisent l’une par-dessus l’autre. Tu te tiens ainsi avec le bras tendu dans la Longue Pointe, que te montre le grand personnage à gauche de la gravure suivante [C].

Depuis cette position, laisse courir la partie avant de ton dussack vers le bas et sur ta gauche. Pendant que la partie avant de ton dussack va vers le bas, ramène simultanément et avec le dussack suspendu, ta garde vers le haut et autour de ta tête pour frapper. Pendant que tu ramènes ton dussack vers le haut pour faire un second coup, ramène également et au même moment ton pied arrière jusqu’à ton pied avant, afin que tu puisses refaire un pas complet vers l’avant avec ton pied droit.

Refrappe ainsi comme avant, en passant par la ligne verticale, mais en n’allant pas plus loin que le croisement des lignes, c’est-à-dire jusque dans la Longue Pointe. À partir de celle-ci, réarme encore une fois pour refrapper comme avant, et fais ce coup vers l’avant trois ou quatre fois.

La seconde partie de l’exercice est similaire, mais il faut faire cette fois-ci des frappes complètes, en allant de la garde du Veilleur à celle du Bastion :

Place-toi avec ton dussack de la manière apprise plus haut. Depuis cette position, frappe complètement le long de la ligne verticale avec le bras tendu, et tourne bien ton côté droit vers ta gauche à la suite du coup, afin que dans ce coup, ton dussack coure vers l’arrière et sur ta gauche. Mais au moment où ton dussack passe derrière toi sur ta gauche, ramène simultanément ta garde vers le haut, ta gauche, et autour de ta tête, jusqu’à ce que tu reviennes dans le Veilleur pour frapper. Tu te tiens ainsi comme le montre le personnage à droite de la gravure précédente avec la lettre B.

En même temps que tu ramènes ton dussack vers le haut pour frapper, comme cela est illustré, tu dois ramener ton pied arrière jusqu’à ton pied avant, afin qu’avec ce coup, tu puisses refaire un pas en avant avec ton pied droit, comme tu viens de l’apprendre. Avance ainsi plus loin avec ton pied droit, et frappe de nouveau depuis le Veilleur d’en haut et droit devant, en faisant une frappe complète le long de la ligne verticale, comme avant. Cette frappe s’effectue également trois ou quatre fois vers l’avant et vers l’arrière, afin que tu y sois bien entraîné.

Joachim Meyer donne également un autre exemple avec les frappes de dessous, mais dont les principes généraux sont les mêmes. Je ne vais donc pas mettre le texte correspondant ici, par soucis de place.

On voit ainsi que les frappes se font en deux temps :

  • La frappe proprement dite, qui part d’en haut jusque dans la Longue Pointe, et qui s’accompagne d’un pas du pied avant.
  • Une phase de réarmement, où l’on va ramener l’arme au-dessus de se tête pour refrapper, et également rapprocher le pied arrière du pied avant, pour pouvoir refaire un déplacement du pied avant avec la prochaine frappe.

Dans ces deux exemples avec un coup vertical, l’arme est toujours ramenée vers le haut pour frapper. Le premier exemple ne précise pas de garde, mais le second indique qu’il faut retourner dans le Veilleur pour faire le coup de dessus, ce qui est cohérent avec ce qui est dit dans la définition de la garde. Cela vaut aussi pour le premier coup : depuis la garde du Taureau, il faut aussi repasser dans le Veilleur pour frapper, en ramenant l’arme autour de la tête, de la même manière que l’on envoie des coups de dessus depuis le Bœuf à l’épée longue. En résumé : on repasse toujours par les gardes pour frapper.

Comme on commence l’exercice dans la garde du Taureau avec le pied gauche devant, on passe la jambe droite devant la jambe gauche pour faire le pas de la première frappe. Cependant, après cette amorce, on restera systématiquement avec le pied droit devant, et c’est en ramenant le pied arrière derrière le pied droit que l’on pourra de nouveau avancer.

Joachim Meyer indique que ces entraînements aux frappes se font en avançant et en reculant. Le mécanisme pour frapper en reculant est le miroir de celui pour frapper en avançant :

Pour tant de coups donnés vers l’avant, alors tu dois en donner autant en reculant. De la même façon que tu as ramené ton pied arrière jusqu’au pied avant, afin que tu puisses avancer plus loin avec celui-ci dans la précédente frappe vers l’avant, tu dois également, lorsque tu veux reculer en frappant, reculer ton pied avant jusqu’à ton pied arrière pendant que tu ramènes ton dussack vers le haut pour frapper. Et de la même manière que tu as du précédemment frapper en avançant avec le pied droit, tu devras maintenant frapper en reculant le pied gauche, qui est derrière.

Enfin un dernier mot sur l’objectif de ce premier exercice. Bien que le fait de s’arrêter à mi-chemin soit utile pour la réalisation des feintes, et que faire des frappes complètes semble lié au fait de toucher l’adversaire, le rôle que donne Joachim Meyer à ces deux types de coup est autre :

Ces [demies frappes] doivent servir à ce que tu apprennes à retenir tous tes coups à mi-chemin, avant qu’ils ne soient complètement réalisés, et à les transformer en parade, afin que tu puisses attraper au vol les coups de ton adversaire avec des coups simultanés.

De la même façon que tu as appris à attraper les frappes de ton adversaire avec des demi-coups, tu as ainsi appris à totalement dégager et renvoyer ses coups avec des frappes complètes.

Les mécaniques décrites dans ces exemples s’appliquent de façon générale aux frappes, et cela se confirme au travers des pièces qui suivent. Cependant il est ici question de frappes défensives :

  • Des demis coups pour attraper l’attaque adversaire et rester au liage derrière son arme.
  • Des frappes complètes pour dégager l’arme adversaire, mais avec lesquelles on se découvre fortement, en finissant dans des gardes telles que la Colère ou le Changement.

Rabattre avec des coups selon une même ligne

Le second exercice parle des “treiben hawen“, les coups pour rabattre l’arme de l’adversaire. On les retrouve dans la partie sur les armes d’hast, ainsi qu’à l’épée longue, où ils ont aussi le noms de “wechselhawen“, ou coups changeants. Joachim Meyer donne un exemple avec la ligne verticale :

Tiens-toi avec le pied droit devant, mais pas avec les pieds trop écartés l’un de l’autre, afin que tu puisses faire un pas en avant avec le premier coup. Marche, et frappe aussitôt depuis ta droite et d’en haut selon la ligne verticale avec le bras tendu, et en faisant une frappe complète. Fais cela si loin, qu’en passant vers l’arrière sur ton côté gauche, ton dussack vienne se projeter jusque dans le Taureau à gauche. Après ce coup et depuis cette position, refrappe aussitôt fortement avec le long tranchant du bas vers le haut selon la ligne verticale, afin que ton dussack revienne se projeter par-dessus ta tête avec le Plongeon dans le Taureau à droite dans un mouvement circulaire. Pour ces coups, tu dois toujours rester avec le pied droit devant en avançant, afin que tu puisses faire un pas avec chaque frappe. Tu te rassemble ainsi pour avancer, comme tu l’as appris plus haut.

Il s’agit ici d’enchaîner les frappes le long d’une même ligne, dans un sens puis dans l’autre. Le premier exemple n’est pas le plus facile à comprendre, ni le plus réutilisé dans les pièces. Ce genre de frappes va surtout être fait le long des lignes diagonales, de la garde de la Colère à celle du Changement, comme dans le second exemple :

Mais lorsque tu veux envoyer des frappes l’une contre l’autre depuis ta droite selon la ligne diagonale montante, celle montrée par les deux lettres D et H, alors tu ne dois pas laisser [ton coup] se projeter vers l’avant, mais seulement se rabattre par-dessus ta jambe droite avancée, depuis ta droite et de bas en haut, jusqu’à la garde de la Colère à gauche ou sur ton épaule gauche, en passant par la ligne diagonale montante, vers le haut et vers le bas, et l’un contre l’autre.

On retrouve ce type de frappe à l’épée longue, au bâton et à la hallebarde, et cela est souvent utilisé dans l’Approche pour “occuper l’espace” en attendant d’avoir une opportunité.

Ramener son arme vers une autre cible après avoir frappé

Le troisième exercice montre comment changer de cible au cours d’une frappe pour atteindre une ouverture non protégée :

Après que tu te sois placé dans une posture devant l’adversaire, en fonction de l’opportunité, alors marche, et frappe vers sa tête avec le long tranchant et le bras tendu d’en haut, selon le tracé de la ligne verticale, et observe s’il veut rencontrer ton coup avec sa parade. Aussitôt que tu vois cela, alors ne laisse pas ton coup toucher, ni rencontrer sa parade, et ramène-le rapidement vers l’arrière avant que l’adversaire ne le rencontre avec sa parade, et frappe fortement depuis ta gauche et d’en dessous en montant par la même ligne verticale, comme cela est montré par le personnage de la gravure à droite [D].

A l’inverse, donne le premier coup d’en dessous et sur ton côté gauche, presque jusque sa parade, et juste au moment où [le coup] doit toucher, ramène rapidement [ton dussack] en arrière, vers le haut, et autour de ta tête, et frappe d’en haut selon la ligne verticale, c’est-à-dire en passant par son visage, avec une frappe complète.

Frappe de cette manière depuis ta droite vers sa gauche, en suivant la ligne médiane, jusqu’à sa parade, et ne laisse également pas [ton coup] toucher. Juste au moment où [le coup] doit toucher, ramène [le dussack] autour de ta tête, et frappe depuis l’autre côté selon la même ligne médiane avec une frappe complète.

Ces trois pièces ont une construction très similaire :

  • Frapper le long d’une ligne
  • Ramener l’arme en arrière lorsque l’adversaire se défend
  • Refrapper vers la cible opposée le long de la même ligne

Evidemment il s’agit du mécanisme de base de la feinte, qui sera plus détaillé dans la partie sur l’épée seule. Pour résumer, l’action de la feinte est déclenché par le mouvement défensif de l’adversaire. On remarque qu’ici on réarme malgré tout la seconde frappe, hors de toute considération de timing.

Alterner les lignes de frappes

Le dernier principe est celui d’enchaîner les frappes en changeant à chaque fois leur direction. Joachim Meyer insiste sur le fait que les frappes doivent aller les unes à la suite des autres de manière fluide.

Lorsque tu frappes au travers de l’adversaire depuis ta droite et en diagonale, d’en haut ou d’en bas, de façon à ce que tu arrives sur ta gauche avec ton arme, alors redonne le second coup depuis ta gauche vers sa droite en suivant la ligne médiane horizontale, et en passant par l’adversaire.

Mais si tu as frappé en diagonale depuis ta gauche, que ce soit selon la ligne montante ou descendante, de façon à ce que tu passes sur ton côté droit avec le coup, alors frappe aussitôt depuis ta droite, également selon la ligne médiane, comme avant depuis ta gauche vers sa droite, mais en passant maintenant de ta droite vers sa gauche
.

Pour expliquer ce principe, il conseille de toujours alterner un coup diagonal avec un coup horizontal. De plus, les frappes étant complètes, la frappe suivante sera lancée depuis le côté opposé. On frappera depuis la gauche après avoir envoyé un coup depuis la droite, et ainsi de suite.

Joachim Meyer n’explicite pas vraiment cette importance à savoir alterner les lignes de frappe, si ce n’est pour s’entraîner à donner les coups de manière fluide, et de faciliter ainsi la suite de l’apprentissage du dussack.

C’est la raison pour laquelle il donne des enchaînement de frappes de plus en plus complexes, toujours en alternant le côté et l’orientation de la frappe :

Un exemple avec six coups

Marche, et donne le premier coup, [qui est] un coup furieux, depuis ta droite vers la gauche de l’adversaire, en passant par la ligne descendante désignée par les lettres B et F. Donne le second coup depuis ta gauche vers sa droite, en passant par la ligne médiane horizontale. Donne le troisième coup, [qui est] un coup de dessous, depuis ta droite vers sa gauche en passant par la ligne diagonale montante, de façon à ce qu’à la fin du coup ton dussack pende loin derrière ton épaule gauche. Depuis cette position envoie encore puissant un coup de dessous montant en diagonale vers sa droite. Cinquièmement, donne un coup médian depuis ta droite vers sa gauche en passant par la ligne horizontale. Envoie le sixième coup droit devant, d’en haut en suivant la ligne crânienne, et en faisant un grand pas en avant.

Cette pièce est l’occasion de rappeler les principes de déplacement avec les armes à une main. En effet Joachim Meyer rappelle qu’il faut “toujours rester avec le pied droit devant” et que si c’est exercice est fait en avançant alors “puisque tu dois faire un pas avec chaque coup, rassemble toujours le pied arrière vers le pied avant, et ainsi tu peux refaire un pas avec le pied droit.

Une autre manière d’alterner les lignes de frappes est de le faire “dans la Croix”, c’est-à-dire en frappant d’affilée le long des deux lignes diagonale à la manière d’une croix. C’est un geste souvent mentionné dans les pièces, notamment dans la phase de Retraite.

Un changement dans la croix

Le changement dans la croix se fait ainsi : tiens-toi comme toujours avec le pied droit devant, et donne le premier coup depuis ta droite en passant par sa ligne de la Colère gauche, en faisant un grand pas vers l’avant. Tu viens ainsi dans le Changement à gauche. Depuis celui-ci, remonte vers ton épaule droite en arrachant avec le court tranchant le long de cette même ligne de la Colère, par laquelle tu es venu en bas avec le coup furieux. Une fois en l’air, laisse ton dussack aller autour de ta tête, et donne un second coup diagonal passant par sa ligne de la Colère à droite et par-dessus ta jambe droite avancée, de façon à ce que la pointe de ton dussack vienne sur le sol et sur ta droite. Depuis cette position, remonte encore une fois vers ton épaule gauche en arrachant avec le court tranchant, et en passant par la même ligne que celle avec laquelle tu as frappé d’en haut. Laisse ton dussack de nouveau aller par-dessus et autour de ta tête, et refrappe depuis ta droite vers sa gauche, de façon à ce que tu reviennes dans le Changement à gauche. Depuis cette garde, remonte encore une fois en arrachant comme avant, et ainsi de suite. Ce coup s’effectue trois ou quatre fois, selon ton choix, et il passe avec force en travers le visage de l’adversaire
.

Dans cette pièce-ci, contrairement au coup de la Croix tel qu’il sera décrit dans la partie sur les coups secondaires, on vient armer le prochain coup en frappant vers le haut avec court tranchant depuis la garde du Changement.

De ces quatre principes, on peut retenir plusieurs choses. La plus importante concerne sûrement les déplacements. La façon de marcher est décrite clairement : une même jambe devant, qui est avancé pendant la frappe, et les pieds sont regroupé en réarmant le prochain coup. Et cette mécanique est décrite vers l’avant comme vers l’arrière. Joachim Meyer insiste une nouvelle fois sur l’importance de faire des coups complets, d’un côté vers l’autre, et de savoir attaquer de toutes les directions, mais aussi de savoir changer de cible en cours de route. Enfin on apprend a utiliser les mêmes gestes pour faire des actions a visées différentes, comme attaquer, se défendre, ou tromper l’adversaire.

Ce derniers point est à la base des trois types de coups, ceux qui provoquent, ceux qui déplacent, et ceux qui touchent, et qui est un concept clé de l’escrime de Joachim Meyer. Ces trois types de coup seront exposés dans un billet dédié.


Le dussack de Joachim Meyer :

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